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ENNIX

L'enfance de l'AAR

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Pour la nouvelle année, j'ai décidé à me mettre à l'art… je veux dire à l'AAR.

Pour ceux qui seraient un tant soit peu intéressé par le sujet mais ne savent pas ce qu'est un AAR: il s'agit "d'After Action Report" un terme piqué à l'armée pour décrire une partie d'un gros jeu de stratégie...

 

En gros, après avoir repris une partie de Crusader Kings (j'avais laissé ma précédente sauvegarde dans le mauvais disque dur), je me suis dit que pour pimenter un peu le doublon, je pouvais m'essayer à faire un AAR que je posterai sur le fo pour rigoler.

 

Sauf qu'un AAR de ce type de jeu, comme je viens de m'en rendre compte, c'est très chiant à lire (et à écrire) si l'auteur ne fait pas l'effort de raconter une histoire qui dépasse le basique "le 4 Juillet 1086 3.725 troupes au service du seigneur Trucmuche affrontent 4.776 mercenaires engagés par l'Archiduc Bidular à la bataille de Trifouillie les OIes".

 

Je me suis donc mis en tête de reprendre une partie -de nouveau avec le Duché de Savoie (qui historiquement n'existait même pas: le Duché n'a été qu'en 1416 par une décision de l'Empereur Germanique Sigismond, et soit dit en passant, si je vous gonfle maintenant, barrez vous maintenant, la suite va être pire :molo: )- et d'accompagner celle-ci d'une narration qui la rendrait un tant soi peu intéressante à lire et à raconter (parce que bon, si je m'emmerde, l'expérience va pas durer très longtemps). Je pensais bien naïvement que je devrais écrire dans les 2-3.000 mots par génération: j'ai finit par écrire l'équivalent de 35 pages rien que pour le premier duc que j'ai contrôlé: grosses chutes de bûches en perspective :p

 

***

 

Ce qui suit a pour but d'être d'être distrayant, j'ai donc essayé de faire la transcription d'un pseudo-show de Stéphane Bern (genre sa série sur les grands châteaux et leur occupants de cette été avec le générique de Game Of Thrones en guise de thème musical récurent :0 ) si l'Histoire avec un grand H en été venue à ressembler aux énormités qu'un jeu de Paradoxe peut nous sortir (je rappelle qu'une longue partie peut aboutir à des trucs comme l'Amérique colonisée par des Andalous et des Marocains après que la Reconquista espagnole ai échouée qui se retrouve peuplée en majorité de Musulmans partagée entre une fédération démocratique centrée sur un Mexique et un califat intégriste au sud, alors que l'empire byzantin survit, s'en va conquérir l'Iran et l'Inde avant de s'effondrer dans une révolution communiste qui part de Rome :0 )

 

Bien entendu, mon plus grand espoir est qu'au fur et à mesure que j'avance, les événements en viennent à prendre une tournure inattendu et mènent à des résultats loufoques :D

 

***

 

En gros, le contenu de l'AAR qui va suivre a trois origines:

  1. L'Histoire authentique: le Pape au début de ma partie s'appelle Alexandre II parce que le pape en 1066 était bel et bien Alexandre II.
  2. Le déroulement du jeu: une bonne partie des événements décrits sont la c#nséquence de la partie en cour: comprendre, l'idée loufoque que Pierre de Savoie se retrouve à la tête des armées du Saint Empire Romain Germanique, en vienne à conquérir la Moldavie pour le compte de l'allié Hongrois, la Poméranie pour l'empereur germanique et finisse par mener une armée de croisée n'est pas de moi: c'est la machine qui a décidé ça toute seule (J'ai eu un moment ou je me suis retrouvé comme un con devant mon écran à demander "Mais pourquoi mon personnage est en train de commander des troupes en Arménie Mineure?")
  3. Les "Arabesques": comprendre tous les petits effets de styles que je rajoute pour que ça ressemble moins à un chiantissime résumé de partie et plus à une histoire sympa à lire: une bonne partie des aspects les plus "colorés" de ce qui suit (les noms des "intervenants", le délire sur le choix du Castor comme emblème, ce genre de chose) sont de moi :p (aussi, le rôle des femmes: sérieusement: en termes de gameplay elles ne servent que de boots de statistiques pour leurs maris, mais si le jeu me file comme épouse pour mon chef de famille une duchesse surdouée en tout, je vais quand même pas la décrire comme filant sagement la laine au château, non mais :angry: ).

 

Le but de la manœuvre est de se distraire, n'y cherchez donc pas de grosses théories "sérieuses" sur le cours de l'histoire: j'ai écrit ça pour m'amuser et je le poste dans l'espoir que ça soit un chouïa amusant à lire.

 

Et maintenant, en avant la musique

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Sous l'Armorial du Castor, Chronique de l'ascension de la maison de Savoie par Stéphane Bernix

 

Épisode 1: 1066-1068: l'émancipation d'un jeune Comte.

 

Stéphane Bernix:

Bonjour

Je suis particulièrement heureux de vous retrouver aujourd'hui, ici, au cœur de la métropole aostine, au Castorello del Nix.

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Cette bâtisse médiévale, construite au 11ème siècle sur un plateau à mi-chemin entre le centre historique de la cité d'Aoste et le faubourg de Châtillon, va être pendant plus de 300 ans l'improbable siège de la Maison de Savoie et le témoin de l'extraordinaire ascension de la bannière du Castor.

 

Le premier maître des lieux est Pierre de Savoie: Pierre l'invincible: général et homme de confiance de l'Empereur germanique Henri IV: cet homme aux prouesses guerrières légendaires qui va sauver le royaume de Francie Orientale et présider à la fondation du Saint Empire Romain-Germanique avant d'être trahi par les siens et qui, au soir de sa vie, se vengera de son empereur, de sa famille, de ses vassaux dans un effroyable bain de sang.

Pierre: tacticien de génie, guerrier impitoyable, mais aussi amant passionné et père éploré, frappé -maudit, dira-t-on- par de nombreuses et terribles tragédies familiales.

 

*

transition vers la cour intérieure du château

*

 

Bernix:

Pierre, Pietro, est le quatrième comte de Savoie.

Son grand-père: Umberto Biancamano -Humbert aux blanches mains-, fondateur de la dynastie, soutient les prétentions l'empereur Henri II des Ottonniens puis de son successeur Conrad II des Saliens sur le Royaume d'Arles et reçoit en récompense la moitié nord de l'archevêché de Vienne à l'ouest des Alpes qui devient ainsi le Comté de Savoie.

Son père, Othon, troisième Comte de Savoie épouse en 1046 la puissante Adeline de Suse, marchasse de Turin.

Il devient, en l'an 1060, comte alors qu'il n'a que 12 ans, et c'est sa mère qui depuis sa cour à Suse gouverne les domaines de Savoie et des marches turinoises.

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Transition vers un bureau d'universitaire: du genre poussiéreux, rempli de bouquins et de breloques vieilles comme Mathusalem.

*

 

Wiliknia Moloka'i

Présidente du département d'Histoire de l'Université de Genève:

Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'au milieu du 11ème siècle, la Savoie n'est qu'une petite province montagneuse, pauvre et peu peuplée. La Maison de Savoie reçoit ce territoire précisément parce qu'il n'a guère d'importance: Henri II s'en sert pour récompenser un vassal sans pour autant modifier les équilibres politiques des royaumes sur lesquels il règne ou a des prétentions.

Adeline de Suse, qui a hérité de son père le titre de Marchasse de Turin est bien mieux placée que le comte Othon dans la hiérarchie nobiliaire: ses terres sont plus peuplées, plus riches, mieux placées, et c'est elle qui jouit d'une grande influence à la cour royale, son époux n'étant alors qu'un petit comte qui ne doit son autonomie qu'à sa relative insignifiance.

 

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Retour vers le Château:

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Bernix

C'est le 15 Septembre 1066 que le jeune Pierre s'installe dans sa résidence valdôtaine. Il ne s'agit encore que d'une grosse ferme fortifiée, à l'intérieur des plus spartiates. Mais pour le jeune Pierre, il s'agit là rien de moins d'un premier acte émancipateur.

 

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Transition vers un autre bureau, beaucoup moins bordélique, style John Cadre Dynamitch

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Chloé Eolilly

Journaliste au Ficastor

Auteure de "Le Premier Roi des Montages, une biographie de Pierre de Savoie":

Adeline de Suse est élevée avec les fils des vassaux de son père et initiée à la politique et aux arts de la guerre dès son plus jeune âge. Loin de l'image de l'épouse médiévale soumise, Adeline porte armes et armures, commande ses propres troupes et n'hésite pas à écraser par la force évêques et vassaux qui tenter de s'opposer à elle.

Pierre est ambitieux et intelligent, mais il est encore inexpérimenté, très loin d'avoir fait ses preuves que ce soit sur le champs de bataille ou à la cour dirigée par sa mère, et il sait qu'il n'a pas les moyens de s'opposer directement à elle. Cette résidence du Castorello est pour lui le moyen d'acquérir un degrés d'indépendance sans pour autant la défier ouvertement.

 

Bernix:

Au sujet de cet endroit, "Castorello" n'est pas un terme du parler valdôtain médiéval.

 

Chloé Eolilly:

En effet: le terme est un jeu de mot inspiré par la deuxième décision que prend Pierre sans consulter sa mère est celle de prendre des armoiries qui lui son propres: il choisi le Castor.

 

Bernix:

Et justement, on est en droit de se poser la question: pourquoi cet animal? Il n'a pas la férocité du lion, ni la noblesse du cheval, il n'inspire pas l'imagination comme le dragon ou le griffon: ce n'est après tout qu'un rongeur qui vit essentiellement la nuit: pourquoi cet animal?

 

Chloé Eolilly:

La légende que tout le monde connaît aujourd'hui et que l'on suppose originaire de la tradition orale valdôtaine, affirme que dès son enfance, le jeune Pierre est sujet à des rêves récurrents dans lesquels un castor émerge des flots d'une rivière de montagne et lui annonce les rivalités entre l'Empereur germanique et le Pape finiront par diviser à jamais les provinces des Alpes à moins que celles-ci ne soient unifiées sous un seul seigneur.

Il est plus probable que l'animal ai été choisi pour son symbolisme: l'animal est dès l'antiquité considéré comme habile et industrieux, on prête à ses glandes des vertus médicinales -elles sont censées préserver la virilité des hommes- et par son comportement: il forme des cellules familiales stables et construit barrages et gîtes pour s'abriter, ce qui en fait un symbole de fidélité matrimoniale et un "bon père de famille".

En même temps, l'animal n'est employé comme symbole qu'en Europe du Nord, où l'animal est le plus présent.

 

Bernix:

C'est donc un moyen pour Pierre de se différencier des autres nobles de la région.

 

Chloé Eolilly:

C'est exact: l'animal symbolise à la foi son ambition de gagner la reconnaissance de ses pairs par sa propre valeur, son propre travail, et en même temps permet à sa bannière d'être aisément reconnaissable.

 

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Retour vers le Château:

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Bernix:

La vie de Pierre de Savoie est marquée par les femmes: sa mère, d'abord, qui gouverne ses terres en sont nom. Mais plus encore que la très pieuse mais très fière et autoritaire Adeline, ce sont les deux femmes qui partageront sa vie qui vont avoir une influence décisive sur le cours de l'histoire savoyarde.

 

En plus de se choisir une demeure éloignée de la cours de sa mère et prendre des armoiries qui lui sont propres, Pierre marque son émancipation en choisissant son épouse contre l'avis de sa mère.

 

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Retour au bureau John Cadre Dynamitch

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Chloé Eolilly:

Il s'agit du premier acte de Pierre qui choque la noblesse européenne: sa mère a pendant des années cherché la maillure alliance possible pour son fils, et s'était fixée sur Agnès de Poitier, qu'il ne faut pas confondre avec Agnès du Poitou -la mère de l'empereur Henri IV-: celle-ci la fille du Duc d'Aquitaine, la nièce par Alliance de l'Empereur germanique Henri III et la veuve du roi Ramire d'Aragon. Pierre lui préfère la jeune Ida de Forez, la sœur du comte Artaud II de Lyon.

Les comtes de Forez et Lyon règnent sur la région depuis le début du siècle précédent, mais la chute du royaume d'Arles fragilise leur position. De son côté, Pierre est le frère par Alliance du jeune Empereur, celui-ci ayant récemment épousé Berthe, la sœur de Pierre, ce qui fait de lui un parti particulièrement désirable.

 

Bernix:

C'est finalement très ironique que la proximité entre Pierre et l'empereur soit la raison pour laquelle Artaud consent au mariage de sa sœur, étant donné que c'est cette même proximité qui amènera Pierre à faire la guerre à la maison de Forez par la suite.

 

Chloé Eolilly:

Tout à fait. Mais il faut bien comprendre qu'au moment du mariage, la Rébellion Italio-Bourguignonne n'est pas encore dans les esprits.

 

Bernix:

Pourtant, elle couve déjà.

 

Chloé Eolilly:

Bien sûr, mais à la fin de l'été 1066, les ingrédients pour une révolte coordonnée de la quasi-totalité des royaumes de Bourgogne et d'Italie ne sont pas encore réunis.

 

Bernix:

Reste alors la grande question: pourquoi Ida, pourquoi l'épouser avant qu'Adeline ne finalise l'accord de mariage avec Agnès de Poitier?

 

Chloé Eolilly:

La première raison est qu'ils se connaissent: ils se sont croisés à la cour d'Adeline à Suse et à la cour d'Artaud à Lyon. À l'époque, Pierre n'a aucune envie de tenter l'aventure du mariage avec une inconnue, veuve d'un roi de surcroît.

La deuxième raison est qu'il s'agit d'une manière de défier sa mère sans la défier. Il ne lui reproche pas d'avoir tenté de lui trouver une épouse différente de celle qu'il a choisi: il se contente de remercier la providence de lui avoir permis de faire la connaissance de l'épouse faîte pour lui.

 

Bernix:

Remercier la providence est une manière de calmer les tensions avec sa mère?

 

Chloé Eolilly:

Adeline est très pieuse: ménestrels et troubadours qui visitent sa cour sont toujours encouragés à composer des hymnes à la gloire de Dieu et de l'Église Catholique. En présentant son mariage comme issu de la volonté divine, il oblige sa mère à accepter l'union, ne serait-ce que parce que jamais elle n'oserait publiquement remettre en doute la dévotion religieuse de son propre fils.

 

Bernix:

Mais sont-ce là les seules raisons? Pierre a eu l'occasion de rencontre de nombreuses jeunes filles de la noblesse durant ses jeunes années à la cour de sa mère: pourquoi Ida en particulier?

 

Chloé Eolilly:

Tout simplement parce que Pierre est séduit par cette jeune femme très différente de lui.

C'est homme de haute stature, dont les talents dans le maniement des armes se sont manifestés de manière très précoce, et qui se sent plus à l'aise sur les routes de son domaine que dans les résidences de la noblesse italienne et germanique. Ida est au contraire une jeune femme délicate, habituée aux conversations de cour, qui affectionne bijoux et robes de prix. Il n'a que peu de culture, éprouve même des difficultés à lire -peut-être dues à une dyslexie impossible à diagnostiquer à l'époque-; elle se passionne pour toute forme de littérature qu'elle parvient à trouver. Pierre est fasciné par cette jeune femme cultivé et intelligente qui excelle dans ces domaines qui lui échappent.

De plus, tous deux ont été élevés par des maîtres influencés par l'école clunisienne, fortement critique à l'égard des dérives de l'église et de la noblesse laïque à cette époque et partagent un dégoût de la corruption et de l'arbitraire.

 

Bernix:

Pourtant, Ida a des habitudes très coûteuses: elle fait acheter à son mari soies et velours de prix, fait venir des livres de toute l'Europe pour se constituer une collection qui à une époque où chaque ouvrage est copier à la main vaut une véritable fortune.

 

Chloé Eolilly:

Ida est d'abord et avant tout une femme d'affaire très habile: alors que Pierre rêve de conquête et de gloire militaire mais est très mal à l'aise avec la gestion au jour le jour de son domaine, Ida manie les chiffres comme les négociations avec les châtelains avec aisance et c'est sous son impulsion que se développe fortement le commerce dans les terres de son époux: elle initie la reconstruction de Turin après la Révolte Italo-Bourguignone, préside à l'expansion de Chambéry, finance l'entretient des routes de montagne et la lutte contre le brigandage, faisant de la Savoie un carrefour commercial de premier ordre: si elle n'hésite guère à piocher dans les coffres de la Maison de Savoie pour s'offrir soieries, bijoux et livres de prix, c'est parce qu'elle les a rempli elle même.

De plus, les sommes qu'elles dépense pour elle sont bien inférieures aux sommes qu'elle dépense en œuvres charitables: sur les conseils de son Saint Bernard d'Aoste son confesseur, elle finance la construction d'hospices sur les flancs des cols aujourd'hui connu sous le nom de Petit et Grand Saint Bernard, on lui doit la construction de l'Hôtel-Dieu de Chambéry, l'un des plus ancien hôpitaux d'Europe non-byzantine, encore en service aujourd'hui, et soutient financièrement les écoles monastiques de Savoie dont plusieurs réformateurs et modernistes seront issus.

 

Bernix:

Les jeunes époux ont des caractères et des idéaux similaires, et des talents qui se complètent.

 

Chloé Eolilly:

Tout à fait; et si le jeune Pierre tient à s'émanciper de la tutelle maternelle, il est néanmoins particulièrement conscient de ses limites, et n'éprouve aucune difficulté à laisser à une femme la commande des affaires où il n'excelle pas… Du moment qu'il s'agit d'une femme qu'il s'est lui-même choisi.

 

*

Retour vers le Château: cette fois-ci, Bernix visite une salle remplie d'armes et armures exposées derrière des vitres, façon musée.

*

 

Bernix:

Le domaine où Pierre de Savoie excelle entre tous, c'est la guerre. Les noces sont à peines terminée que le jeune comte se tourne vers sa première conquête militaire: le Canton du Valais.

 

Ce petit territoire situé au sud des Alpes suisses est l'objet d'une dispute entre les évêques de Sion et la Maison de Savoie depuis plus de trente ans.

 

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Retour au bureau d'universitaire bordélique.

*

 

Wiliknia Moloka'i:

Le Valais fait l'objet d'une donation de Rodolphe III, le dernier roi bourguignon de la dynastie Welf, à l'évêque de Sion en 999. Mais le Royaume d'Arles n'existant plus, un doute existe au sujet de la suzeraineté sur ce territoire. Les Savoie se considèrent comme les nouveaux maîtres légitime de la Bourgogne Transjurane, l'une des cinq provinces de l'ancien Royaume d'Arles, dont le territoire englobe le comté de Savoie, Genève, Neuchâtel, l'Argovie -encore qu'une partie de ce territoire là est également revendiqué par les Ducs de Souabe- et le Valais.

 

Le Valais est la seule cible pour Pierre de Savoie: le nord-ouest de la bourgogne transjurane est sous le contrôle direct de l'Empereur, le nord-est est sous le contrôle du Duc de Souabe, fiancé à l'une des sœurs de Pierre -qu'il épouse en 1067-, et Amédée, le frère de Pierre, a épousé Jeanne, la fille de comte Gérold II de Genève: le Valais est donc le seule territoire de Bourgogne transjurane qui ne soit pas dirigé par un membre de sa famille ou par son suzerain -qui est également son beau-frère.

 

Le Valais est dans l'antiquité un carrefour important des Alpes, mais au XIème siècle son importance a diminué et la région elle-même est peu peuplée et mal armée pour faire face aux ambitions du Comte de Savoie. À la différence de ses prédécesseurs qui ne sont contentés de revendiquer le Valais, Pierre se proclame suzerain du Canton et attaque à l'automne 1066.

 

Bernix:

Cela ne doit pourtant pas être simple d'attaquer une région montagneuse comme le Valais.

 

Wiliknia Moloka'i:

Il s'agit d'une question de timing: la duchesse Mathilde de Toscane et le sultan ziride Tamim ibn al-Muizz se disputent alors la Sardaigne et la Corse et Mathilde a demandé assistance à l'empereur Henri IV. Tant que celui-ci est occupé à guerroyer contre le sultan d'Afrique du Nord, il n'est pas en mesure de se pencher sur les abus de pouvoir de son vassal.

 

Bernix:

La conquête du Valais est un abus de pouvoir?

 

Wiliknia Moloka'i:

Certainement: Pierre de Savoie a hérité de sa mère un sens de la propagande rare pour l'époque et il passera sa vie à répandre le mythe selon lequel il est un seigneur juste qui place la loi au dessus de tout, au point qu'il est aujourd'hui présenté par certains hagiographes comme l'un des précurseurs de l'état de droit. En réalité, s'il laisse beaucoup d'autonomies aux magistrats qui servent sur ses terres -et fait en sorte que cela se sache-, quand lois et coutumes s'oppose à ses ambitions, il n'a aucun remord à les enfreindre.

 

Le Valais est un exemple parfait: Pierre se revendique maître l'ensemble de la Bourgogne Transjuranne, mais aucun acte, aucun écrit ne confirme cette revendication, et plutôt que de demander le transfert de suzeraineté à son empereur, il va prendre les armes pour acquérir le Valais par la force précisément au moment où l'empereur Henri IV n'est pas en mesure d'intervenir.

 

"L'armé" qui part à l'assaut du Valais est d'ailleurs loin d'être le groupe de preux compagnons d'armes que les chansons de l'époque -composées par des troubadours payés par Ida de Forez, soit-dit en passant- il s'agit de quelques centaines de jeunes manutentionnaires, de serfs, de fils cadets de marchands et d'artisans, voire de voleurs de grand chemin attirés par la promesse d'une vie un peu plus excitante et de richesses facilement acquises.

 

Bernix:

C'est en promettant du pillage qu'il trouve ses hommes?

 

Wiliknia Moloka'i:

La totalité des troupes savoyardes obéissent à Adeline. Pierre n'a pas de réelle armée et se bricole une petite milice privée avec les moyens qu'il a à disposition -c'est à dire pas grand chose d'autre que des promesses de richesse-. Cela se voit d'ailleurs dans la manière dont il "conquière" le Valais: les trois ou quatre ans hommes d'armes qui sont sous ses ordres s'installent sur les routes de Sion, Sierre, Martigny… et harcèlent marchands et paissants qui se rendent dans les villes et bourgs du canton. Il ne s'agit rien de moins que de brigandage employé comme outil pour contraindre l'évêque de Sion à la soumission.

 

Bernix:

Le pape n'intervient pas?

 

Wiliknia Moloka'i:

Non, pour plusieurs raisons: Alexandre II a appuyé les ambitions de Guillaume le Conquérant: en donnant sa bénédiction à la guerre de conquête d'un souverain chrétien contre un autre, il a créé un précédent sur lequel s'appuie Pierre de Savoie. Il est également bien trop occupé à faire de la reconquista une guerre sainte pour se soucier d'une querelle dans un petit territoire montagneux loin des frontières entre le monde chrétien et le monde musulman. Enfin, Adeline de Suse est partisane du mouvement de réforme clunisienne, qui vise à renforcer l'autonomie de l'église par rapport au pouvoir royal, et elle propose au Pape un compromis qui convainc celui-ci d'entériner l'annexion du Valais à la Savoie: Elle s'engage avec son fils à ne pas pratiquer la Simonie -la pratique de nomination d'un prélat de l'église par un seigneur laïque en échange de compensations financières-: en échange de la reconnaissance de la suzeraineté de la Maison de Savoie sur le Valais par Rome, la Maison de Savoie laisse à la papauté le choix de l'évêque de Sion. Sans appui, abandonné par le Pape, l'évêque Ermenfroi est contraint de capituler le 24 décembre 1067.

 

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Retour vers la salle d'exposition de vieilles armes médiévales du Château

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Bernix:

Si les raisons invoquées et les méthodes de Pierre sont contestables, son talent de combattant et de meneur d'homme est dès lors reconnu. Un talent qui va être mis à rude épreuve lors de la grande révolte de Bourgogne et d'Italie:

 

La campagne Sarde est un fiasco pour l'empereur Henri IV qui en a pris le commandement: Mathilde de Toscane parvient à sauver de justesse ses possessions corses et la pointe nord de la Sardaigne, mais le reste de l'île est conquise par le sultan Tamim. L'humiliation est terrible pour le jeune empereur: les armées d'un sultan ne sont plus qu'à 300 kilomètres de Rome et c'est Henri IV qui est jugé responsable de la situation. Le souverain de la moitié est de l'empire fondé par Charlemagne est comparé dans les cours européennes -de Londres à Byzance- aux rois fainéants mérovingiens. Ses relations avec la Papauté, déjà mauvaises se dégradent davantage encore, ses sujets le moquent ouvertement, des rumeurs de complot d'assassinat se multiplient aux quatre coins de ses royaumes, on le surnomme "Henri l'inutile", et c'est dans cette atmosphère que viennent les secondes ides de Mars.

 

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transition vers une suite d'images fixes et de vidéo mettant en scène de batailles médiévales

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Voix off:

C'est le 15 Mars 1068 que Mathilde de Toscane et Albertazzo d'Este s'allient contre l'empereur Henri IV et proclament l'indépendance de leurs domaines: Albertazzo règne sur l'Italie du Nord alors que Mathilde de Toscane règne sur un domaine qui s'étend de Gênes à Ancône. Très vite les autres cités italiennes vassales d'Henri IV rejoignent les deux seigneurs rebelles, puis la Provence, le Lyonnais et l'Argonie se révoltent à leur tour.

 

La quasi-totalité des royaumes de Bourgogne et d'Italie, jusque là unis à la Francie Orientale, se soulève ouvertement contre Henri IV: c'est le début de la grande révolte Italo-Bourguignone: une guerre qui va durer plus de cinq ans et marquer le règne de Henri IV.

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Épisode 2: 1068-1079: Révoltes et Conquêtes

 

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Retour au bureau d'universitaire bordélique.

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Wiliknia Moloka'i:

La révolte Italo-Bourguignone est le point culminant de la Querelle des Investitures, elle même l'aboutissement des luttes d'influence entre Rome et les rois germaniques.

 

Othon le Grand, le fondateur de la dynastie Ottonienne -dynastie qui conserve le trône de Francie Orientale et celui d'Italie de 962 à 1024- impose à Jean XII -le dernier des pontifes pornocrates- le Privilegium Ottonianum qui impose la tutelle impériale à la Papauté et offre à l'empereur un véto sur la désignation du pape -un véto dont Othon fera usage deux ans plus tard en déposant et exilant le pape Benoit V et en imposant son protégé Léon VIII- et impose ainsi à ses royaumes la pratique de la Simonie -la vente d'un sacrement ou d'une charge ecclésiastique-. Cette pratique est à la base du pouvoir Ottonien: l'Empereur et ses plus hauts vassaux vendent en viager aux membres des familles nobles qui leur sont alliées les diocèses présents sur leurs territoires: cette pratique est une importante source de revenus pour les rois et grands seigneurs de Francie Orientale et elle évite le morcellement du territoire car non seulement les évêques nommés sont toujours choisis parmi les fidèles proches du prince qui vend la charge ecclésiastique, mais en plus, à la mort de l'évêque, le territoire au prince qui peut ainsi le "louer" en quelque sorte à un autre de ses fidèles.

 

Bernix:

C'est un système sûrement très utile pour conserver le pouvoir.

 

Wiliknia Moloka'i:

Pas seulement pour conserver le pouvoir, mais aussi pour administrer efficacement leurs royaumes: il s'agit pour les Ottoniens d'éviter le destin des Carolingiens, dont l'empire s'est délité au fur et à mesure que son territoire de morcelé en petits fiefs héréditaires dirigés par des seigneurs qui n'étaient plus redevables à l'empereur et n'hésitaient pas à défier son autorité. La Simonie permet au Ottonniens de construire la première vrai bureaucratie étatique non-byzantine du moyen-âge: les évêques, mais aussi les abbés et les chanoines de la Reichskirche nommés par les le roi et ses grands féaux administrent un grand nombre de provinces et leur apportent un degrés de cohésion et de stabilité à l'origine de la renaissance Ottonienne.

 

Bernix:

Mais la papauté va finir par s'y opposer.

 

Wiliknia Moloka'i:

Tout à fait: à partir du couronnement du pape Léon IX en 1049, la réforme clusinienne de l'Église Catholique Romaine. Il s'agit d'une réforme des pratiques et des rituels du clergé: c'est sous l'impulsion de Léon et de ses successeurs que le célibat des prêtres, l'imposition du monopole de l'église sur l'institution du mariage, la centralisation de l'institution cléricale catholique -dont le fameux collège des cardinaux- sont instaurés.

 

Bernix:

Pourquoi cette réforme? S'agit-il seulement d'une querelle de pouvoir?

 

Wiliknia Moloka'i:

Non: la main-mise de plus en plus marquée par les familles de nobles laïcs mène à des abus de plus en plus grands: c'est à cette époque que le trafic des indulgences et des reliques saintes devient visible et prend des proportions énormes. Dîmes et dons aux ordres caritatifs sont de plus en plus souvent détournés par des seigneurs féodaux qui s'enrichissent de la sorte.

 

L'affaiblissement de la papauté et la corruption grandissante des prélats provoque l'apparition de divers mouvements hérétiques aux quatre coins du monde catholique, amenant une partie du clergés, mais aussi de la noblesse laïque à craindre de nouveaux schismes, voire un effondrement complet de l'église de Rome. La réforme clunisienne vise à redresser l'église en déliquescence et réaffirmant la primauté du spirituel sur le temporel et en arrachant aux grandes familles de la noblesse le contrôle du clergé, notamment les investitures.

 

Bernix:

Sauf que la Simonie est devenue un aspect important du pouvoir impérial.

 

Wiliknia Moloka'i:

Cela va plus loin que la Simonie: les empereurs Ottonniens ont bâti leur pouvoir sur une église inféodée à leurs pouvoirs, et ils n'ont pas hésité à maintenir ce système par la force, y compris en envoyant leurs armées contre les papes: Entre Jean XII, qui accepte contraint et forcé l'inféodation de l'église aux empereurs germaniques et Alexandre II, pas moins de 28 papes vont se succéder en à peine un siècle: huit seront déclarés anti-papes, douze seront déposés par la force: parfois par les armées germaniques, parfois par la populace romaine, parfois par des mercenaires payés par l'un des prétendants au trône papale ou par l'un de ses aliiés.

 

Même les empereurs Saliens, qui succèdent aux Ottonniens et sont favorables à la réforme clunisienne, continuent à tenter d'imposer leurs alliés sur le trône pontifical: Le Pape Benoît IX est élu par la noblesse romaine en octobre 1032: entre cette date et sa mort à la fin de l'an 1055 il sera déposé trois fois, reprendra le trône de Pierre deux fois, sera excommunié, pour finalement finir sa vie dans un monastère alors que les fiefs de sa famille sont pillés et dévastés sur ordre de l'empereur Henri III. Le même Henri III soutient pourtant l'année suivante l'élection du pape réformiste Léon IX.

 

Bernix:

Pourquoi?

 

Wiliknia Moloka'i:

Pour les empereurs Ottoniens, dont l'essentiel des territoires se situent aux nord des Alpes, mais qui se considèrent comme les héritiers de l'Empire Romain d'Occident, il s'agit d'abord et avant tout de garder la noblesse laïque sous contrôle: la corruption grandissante de l'église n'est tout simplement pas leur principal soucis tant que celle-ci leur reste inféodée.

Les empereurs Saliens, influencés par la réforme clunisienne, sont beaucoup plus sensible aux problèmes de corruption du clergé, mais il n'ont pas pour autant l'intention de laisser leur empire se déliter comme l'empire carolingien ni de laisser la nomination du pape aux grandes familles du Latium. Conrad II et son fils Henri III vont donc chercher -et parvenir- à trouver un équilibre en favorisant des ecclésiastiques qui soient à la foi favorables aux réformes de l'église et à une autorité impériale forte.

 

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Chloé Eolilly:

Le fragile équilibre d'une église impériale réformatrice mais loyale à la couronne salienne se rompt à la mort de Henri III: son fils n'a pas encore 6 ans, et sa veuve, l'impératrice Agnès du Poitou, est dans une position précaire: sa régence est fragile: elle se voit contrainte de céder un nombre important de duchés rattachés à la maison royale à de jeunes nobles en échange de leur soutient; mais dans le même temps sa position face à la noblesse germanique est fragilisée car pour gouverner elle s'appuie sur des commis d'état d'extraction modeste en qui elle a davantage confiance; sa cour bouillonne d'intrigues et de rumeurs…

Le 13 Avril 1059, le pape Nicolas II instaure l'élection du pape par le collège des cardinaux, rejetant de la sorte la tutelle impériale sur le saint siège. Agnès refuse de reconnaître le successeur de Nicolas II, tentant d'imposer à sa place l'évêque de Parme en 1061.

Cet acte tourne contre elle le parti réformateur du clergé, qui avait été l'allié des Saliens depuis Conrad II. Annon II, l'évêque de Cologne et confesseur de Henri III s'associe au duc de Bavière Otton II de Nordheim et kidnappe le jeune Henri IV au palais de Kaiserswerth, et contraint Agnès à abdiquer. Henri va passer les quatre années qui suivent sous la coupe d'Annon.

 

Henri éprouve une haine personnelle farouche à l'égard du parti des réformateurs clunisiens qui ont pris le contrôle de la papauté sous Léon IX. Il leur reproche son enlèvement, l'humiliante abdication de sa mère, les quatre années où il a été le prisonnier d'Annon qui gouverne son empire à sa place…

 

Les rapports avec le pape Alexandre II, un allié d'Annon, sont mauvais dès le premier jour de son règne et se dégradent davantage dans les mois qui suivent: son mariage avec Berthe de Savoie n'est pas heureux et il tente d'en obtenir l'annulation, que le pape refuse. Quand des rumeurs de complot commencent à se répandre et qu'il est ouvertement moqué après la désastreuse campagne de Sardaigne, il accuse ouvertement le parti des réformateurs clunisiens d'être à l'origine et des complots dont il entend parler et injures de plus en plus ouvertes dont il fait l'objet. Il en vient à imaginer -et plus grave, à dire en public- que la réforme clunisienne n'est qu'un faux-semblant de la noblesse Italienne qui vise à arracher le pouvoir aux empereurs germaniques.

 

Bernix:

Ces accusations contre le pape sont la goutte de trop?

 

Chloé Eolilly:

À la mort de son père, Henri IV n'a été couronné que roi de Francie Orientale: officiellement il n'est encore ni roi de Bourgogne, ni roi d'Italie, ni Empereur des Romains comme son père. En mai 1068, Henri IV exige d'Alexandre II une bulle pontificale appuyant sa couronne. Le Pape prétend dans un premier temps accepter mais la bulle qu'il promulgue le moi suivant ne fait qu'appuyer la légitimité de "Henri, Roi de Germanie, fils de Henri, Empereur des Romains": en d'autres termes, le pape prend fait et cause pour les rebelles italiens et bourguignons.

 

Bernix:

Mais la Savoie, reste loyale à Henri.

 

Chloé Eolilly:

Pierre de Savoie fait le choix de rester fidèle à l'empereur: une décision qui n'est pas facile et qui va lui coûter.

 

Bernix:

En quoi n'est-elle pas facile?

 

Chloé Eolilly:

Les relations entre Adeline et Henri sont devenues exécrables quand celui-ci a tenté d'annuler son mariage avec Berthe. Adeline, déjà naturellement encline à préférer le parti du Pape, ne lui pardonne pas ce geste, et est tentée de joindre ses forces à celles des autres nobles italiens alliés au pape Alexandre II. Ida est la sœur d'Artaud, qui s'est soulevé contre Henri: d'un point de vue personnel, en choisissant de rester fidèle à Henri, Pierre se retrouve en conflit avec sa propre famille.

 

De plus, d'un point de vue politique et stratégique, la position savoyarde est difficile: tracez une ligne qui va de Montbrison à Padoue: toutes les provinces situées au sud de cette ligne se sont soulevées contre l'empereur -sauf la Savoie et les Marches Alérames voisines, qui sont maintenant pratiquement complètement cernée par des fiefs rebelles.

 

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Voix off:

Pierre paye cher sa loyauté à Henri IV: les troupes toscanes envahissent le Piémont durant l'été 1069, prennent Turin et Suse, contraignant Adeline et sa cour à fuir vers Aoste. Amédée, le propre frère de Pierre, meurt le 7 décembre de cette même année en protégeant la fuite vers le Val d'Aoste de l'entourage de sa mère: il n'a que 20 ans.

 

Dès lors, le Val d'Aoste est assiégé par les armées de Toscane. Seul à la tête de quelques centaines de fidèles, Pierre va réussir à tenir ce bastion face à une armée bien supérieure en nombre pendant trois ans alors que Henri IV va de défaite en défaite.

 

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Wiliknia Moloka'i:

Le siège d'Aoste n'a rien du légendaire exploit militaire que la culture populaire décrit. Premièrement, comme il a épousé une fille de la noblesse bourguignonne, ni les comtes de Lyon -sa belle famille- ni les ducs de Provence -les Bosonides, alliés aux Forez de Lyon depuis la fondation de leur dynastie- ne tiennent à renverser un proche qui n'a en réalité pas les moyens de les menacer de quelque manière que ce soit.

 

Quand aux armées de Toscane, S'il est exacte qu'elles se rendent en Savoie, la plupart ne participent pas au "siège" d'Aoste et se contentent de traverser le comté en direction de Dole où les troupes d'Henri IV -ce qu'il en reste- sont stationnées. les troupes qui assiègent le Val sont surtout là pour empêcher Pierre ou Adeline d'aller en personne demander de l'aide au Duc de Souabe. Pierre est davantage un prisonnier qu'un seigneur indompté préservant son fief d'un ennemi supérieur en nombre.

 

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Chloé Eolilly:

Les Toscans ne se contentent pas de fermer les routes de Savoie à Pierre: plusieurs assauts sont menés contre le bourg d'Aoste sans succès, et à l'hiver 1071, dans des conditions extrêmement difficiles, il passe le col du Petit-Saint-Bernard et mène ses troupes à travers la Vallée de la Tarentaise pour porter secours au bourg de Chambéry.

 

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Voix off:

Henri IV s'obstine malgré les défaites et la guerre continue jusqu'à l'été 1073.

Sur le plan militaire, les défaites s'accumulent: Henri IV installe ses quartiers à Dole et tente de mener plusieurs expéditions vers Lyon d'abord, puis vers Milan en passant à travers la Savoie qui lui est resté fidèle: entre 1068 et l'été 1070 quatre expéditions sont organisées, toutes s'achèvent par des désastres: il ne reste pratiquement rien des armées de Henri. Profitant de la situation, les tribus baltiques envahissant la Saxe orientale, mettent à sac Hambourg et Brême, poussant les vassaux d'Henri à reporter leur attention -et leurs armées- vers le nord. Seul mais refusant de reconnaître l'indépendance des seigneurs italiens et bourguignons, il reste à Dole avec les vestiges de son armée et parvient par miracle à conserver la cité, alors qu'Otton II de Nordheim, élevé au rang de Duc de Bavière par Agnès du Poitou tient les armées lombardes en échec en Carinthie.

 

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Chloé Eolilly:

Quand l'été 1073 arrive, Henri IV est ruiné: il n'a plus d'argent pour payer le peu d'armée qui lui reste, les fiefs rebelles se sont unis dans une sorte de confédération informelle présidée par le pape Alexandre II, ses vassaux "loyaux" qui sortent d'une guerre difficile contre les tribus baltes ne veulent plus entendre parler de lui: tout semble indiquer la fin proche de la Maison Salienne. Donc, quand le Pape ordonne à Henri IV d'abandonner ses prétentions sur l'Italie et la basse et moyenne Bourgogne sous peine d'excommunication, il n'a d'autre choix que d'accepter: il sait que ses vassaux germaniques sont à deux doigts de se révolter ouvertement contre lui à leur tour, et pour sauver sa tête il cède aux injonctions papales.

 

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Wiliknia Moloka'i:

La querelle des investitures s'achève sur le triomphe de la papauté: Aucun pape n'a jamais été aussi puissant qu'Alexandre: jouant souvent le rôle d'arbitre entre Mathilde de Toscane et Albertazzo d'Este il est la personnalité dominante des anciennes provinces méridionales d'Henri IV. Il met à profit ce pouvoir politique et militaire pour imposer à l'ensemble du monde catholique les réformes de Léon IX mais va aussi préparer les deux premières croisades.

 

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Chloé Eolilly:

Si Henri est le grand perdant de la querelle qui l'oppose à l'empereur et n'est guère plus qu'un souverain fantoche, Pierre émerge avec un prestige et une autorité renforcée. Les Toscans qui occupent l'ensemble du Piémont depuis cinq ans rendent à Pierre les marches de Turin sans se faire prier, il est désormais accepté comme véritable maître de la Savoie par sa cour qui ne rentre pas à Suse mais reste à Aoste. Adeline, qui a très mal vécu la révolte et la fuite de Suse abdique et retourne à Turin, sa ville natale, laissant à son fils le soin de diriger le comté de Savoie et la Marche de Turin.

 

La première mesure de Pierre en tant que maître incontesté de la Savoie est d'instaurer un mode de succession électif. l'empire des Ottoniens et des Saliens n'est pas réellement une monarchie élective: le seul moment où les princes germaniques ont débattu de la succession fut lorsque Henri II des Ottonniens mourut sans laisser d'héritier. Pour lui, la crise qui vient de s'achever est avant tout une crise de succession: trop jeune pour pouvoir régner à la mort de son père, Henri IV a été la victimes des luttes de pouvoir entre la noblesse et le clergé et n'a pas eu le temps ni les moyens de s'imposer. Pierre veut éviter un tel destin à son fief en décidant que dorénavant, ce sont les seigneurs de Savoie qui éliront le Duc de Savoie.

 

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Wiliknia Moloka'i:

Il n'y a pas de "Duché de Savoie" au XIème siècle. Pierre tire profit de la faiblesse de la couronne pour s'auto-proclamer Duc car il sait qu'il ne risque pas de rencontrer de grande résistance. Le "Duché" qu'il fabrique de toute pièce se compose alors du comté de Savoie proprement dit, des Marches turinoises et du Canton du valais. Selon la règle qu'il instaure le Duc en exercice habilité à soutenir de son vivant un candidat à sa succession et un conseil composé du Comte de Savoie, du Marquis de Turin et du Prince-Évêque de Sion vote pour sélectionner le successeur. Dans cette configuration là, Pierre disose de trois voix sur quatre (celles du Duc, du Comte et du Marquis) ce qui signifie en substance qu'il nomme par avance son successeur.

 

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Bernix:

Cette étonnante décision de Pierre va avoir des conséquences presque immédiates: lorsque l'allié de Pierre Gérold II de Genève meurt en Juillet 1074, son jeune fils et héritier Aymon est confié à Bouchard d'Oltigen, évêque de Fribourg, Lausanne et Genève, qui assume la régence du Canton. Afin de contrer les ambitions de Pierre de Savoie et de mettre le jeune Aymon, encore malléable en position de force dans la région, il va tenter de retourner contre Pierre le clergé savoyard: reprenant à son compte les prétentions des Savoie sur l'ancienne Bourgogne transjurane, il tente de convaincre les prélats de Savoie qu'Aymon jouit du soutien des grandes familles de Neuchâtel et Lausanne ce qui fait de lui un prétendant au titre de duc de Transjuranie plus légitime que Pierre. Ces manœuvres vont pousser celui-ci à prendre les armes contre l'évêque Bouchard.

 

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Wiliknia Moloka'i:

Bouchard d'Oltigen sait que tôt ou tard Pierre tentera de s'emparer par la force du Canton comme il l'a fait dans le Valais. Tant que Gérold vivait, il ne pouvait pas prendre les armes contre l'un des siens sans prendre le risque de voir ses propres sujet l'abandonner, mais maintenant que le nouveau comte n'est qu'un enfant et que l'autorité impériale est au plus bas, il sait que ce n'est qu'une question de temps et tente de prendre Pierre de vitesse. Son erreur va être d'envoyer Aymon à Neuchâtel pour le protéger: Pierre accuse alors l'évêque de vouloir renverser le jeune comte et de l'avoir dors et déjà exilé de ses propres terres: il peut ainsi prétendre que cette campagne expansionniste qu'il prépare est en réalité une tentative de "porter secours" au jeune Aymon.

 

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Chloé Eolilly:

Pierre prend Genève d'assaut en Janvier 1075. l'évêque a laissé la plupart de ses troupes dans la ville et s'est replié sur Lausanne d'où il tente de mobiliser une seconde armée en faisant appel à ses alliés suisses. La campagne genevoise de Pierre est très méthodique: il met à profit l'expérience acquise pendant la Révolte Italo-Bourguignone et progresse lentement mais sûrement le long du Lac Léman. Genève tombe en octobre, Nyon est prise au mois de février de l'année suivante et finalement, en Mai 1076, l'évêque Bouchard le rencontre face à face à la tête de la seconde armée qu'il a levé, convaincu que ses troupes fraîches qui n'ont pas passé près de 18 mois à combattre prendront le dessus.

La bataille de la Venoge tourne au massacre: les deux tiers des troupes de Bouchard perdent la vie au point de colorer la rivière qui prend une teinte rouge. Bouchard fait parti des survivants, Pierre n'ayant aucunement l'intention d'être responsable de la mort d'un évêque, et il reconnaît au Duc de Savoie la suzeraineté sur l'ensemble du Genevois ainsi qu'un tiers du pays de Vaud.

 

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Bernix:

Les ambitions de Pierre sont loin de s'arrêter là. Très vite, il revendique pour sa mère la totalité du Piémont, qu'il souhaite réorganiser sous la forme d'un Duché de Suse, mais pour cela il doit défier les marquis de Saluces et de Monfrà.

 

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Wiliknia Moloka'i:

Le marquisat de Saluces passe du marquis de Turin Oldéric-Manfred II d'Oriate (le père d'Adeline de Suse) à Othon de la maison des Aleramici quand celui-ci prend pour épouse Berthe, la plus jeune des sœurs d'Adeline. Rien n'indique qu'Othon, dont la famille règne sur le Monfrà -connu à l'époque sous le nom de "Marche Aléramique"- depuis l'an 924, soit devenu un vassal d'Oldéric-Manfred, et les Aléramici considèrent ce territoire comme faisant partie intégrante du domaine familial. Comme pour Genève, les prétentions de Pierre n'ont pas de fondement légal, et comme pour Genève, la faiblesse du pouvoir impérial lui permet d'agir à sa guise.

 

Les Aleramici sont une puissante famille d'origine franque dont la présence en Italie du nord remonte à la fin du IXème siècle. Bien qu'ayant vu leurs terres occupées par les Toscans durant la grande révolte, leurs troupes restent non seulement bien plus importantes que les troupes de Pierre de Savoie, mais sont aussi bien plus faciles à mobiliser que celles de Pierre, dispersées à travers un territoire montagneux et encore difficile d'accès. Pour contrer cette faiblesse, il va s'appuyer de plus en plus sur des mercenaires.

 

L'emploi de mercenaires est une pratique répandue durant la période troublée qui fait suite au délitement de l'Empire Carolingien, et la guerre qui vient de s'achever laisse un grand nombre de soldats de basse extraction et même de chevaliers sans le sou et sans employeurs.

 

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Chloé Eolilly:

La plupart des seigneurs germaniques sont ruinés par la guerre civile et les invasions baltes. C'est là que le talent d'Ida pour les affaires va servir les ambitions de Pierre: les rapports entre la Savoie et les terres italiennes et bourguignonnes qui se sont rebellée contre Henri IV sont bonnes, aussi dès la fin de la guerre, la Savoie devient un carrefour commercial important entre l'ouest du royaume germanique d'Henri et les principautés du sud. Cette position permet au Comté et à Pierre de s'enrichir rapidement, et par c#nséquent de s'offrir les services du Capitaine Lombard Chiaffredo, avec qui il va nouer des rapports d'affaires et d'amitié.

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Wiliknia Moloka'i:

Parallèlement au développement de la chevalerie en tant que classe sociale à part, le moyen-âge central voit se répandre en Europe occidental la pratique du mercenariat venue de l'empire byzantin, qui s'appuie souvent sur des mercenaires étrangers -notamment pour mater des révoltes locales Ainsi en Angleterre, le roi Harold II doit faire face à Harald Sigurdsson, qui a été employé comme mercenaire par le prince de Kiev Iaroslav le sage, puis par l'impératrice byzantine Zoé avant de devenir roi de Norvège, puis à Guillaume le conquérant, dont l'armée compte un grand nombre de mercenaires flamands. En ce qui concerne Pierre de Savoie, une grande partie des conquêtes et victoires seront en réalité le fait de condottieres employés à son service.

 

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Chloé Eolilly:

Pierre ne se contente pas de laisser des capitaines de mercenaire se battre à sa place. La conquête du marquisat de Saluces est l'occasion pour lui de montrer -plus encore qu'avec Genève ou le siège d'Aoste- son talent pour la stratégie et la manœuvre militaire.

Chiaffredo, un homme d'arme d'origine modeste au service du Duc de Milan pendant la Révolte Italo-Bourguignone est engagé par Pierre à son retour de Lausanne, qui le stationne avec ses troupes à Ivrée. Les Alérames se doute que Pierre ambitionne d'unifier sous sa bannière toutes les marches du Nord-Ouest Italien et se préparent au conflit.

En Mai 77, il exige du marquis de Saluces Manfred Aleramici la reconnaissance de la suzeraineté des Savoie sur son fief. Celui-ci refuse et fait appelle à son cousin le Marquis Guillaume du Monfrà. Le moi suivant, alors que les troupes alémaniques se préparent à marcher sur Ivrée, Chiaffredo quite la ville emmenant ses troupes avec lui. Tous pensent que le mercenaire lombard a abandonné Pierre qui reste dans la ville avec environ 400 chevaliers et hommes d'armes autrefois attaché au service de sa mère Adeline.

Enhardis par les nouvelles de l'apparente désertion du capitaine lombard, Manfred et Guillaume assiègent Ivrée, certains de leur victoire.

 

Bernix:

Sauf que Chiaffredo n'a pas déserté Pierre.

 

Chloé Eolilly:

Pierre fait preuve d'un culot énorme: les Aleramici n'imaginent pas une seconde que le Comte de Savoie va utiliser sa propre personne comme appât en laissant à un mercenaire de basse extraction le soin d'occuper le marquisat de Saluces et de retourner pour lui les propriétaires fonciers et grands ecclésiastiques du territoire.

C'est pourtant exactement ce qu'il fait, et quand l'été arrive, la situation s'est complètement retournée contre les marquis alémaniques: ils sont prisonniers de la cité qu'ils assiègent: s'ils lèvent le camp pour tenter de reprendre Saluces au condottiere lombard, ils laissent à Pierre l'opportunité de rassembler ses bannerets et de mettre à sac le Monfrà; s'ils restent à Ivrée, ils laissent à Chiaffredo le temps de retourner contre eux la petite noblesse et la population de Saluces. Ils vont décider de rester à Ivrée dans l'espoir de prendre la ville et de mettre fin aux ambitions de Pierre avec sa vie, mais celui-ci a l'habitude des sièges et va conserver la cité jusqu'au printemps 1078. Quand les troupes de Chiaffredo quittent finalement le marquisat de Saluces pour venir au secours de leur employeur, les Aleramici se savant vaincu capitulent, et Pierre étant son domaine jusqu'aux limites de la Ligure côtière.

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Bernix:

Pourtant le triomphe de Pierre est amère.

 

Chloé Eolily:

Très amère: sa fille aînée Alys meurt pendant le conflit, le 6 janvier 1078.

Pour Pierre le coup est rude: de tous ses enfants, Alys restera sa préférée: elle est vigoureuse et précoce: Bernard d'Aoste, le futur Saint Bernard le Conciliateur a pris en charge son éducation et la vivacité d'esprit de la fillette est certaine: elle sait déjà parler le latin et le grec, maîtrise la lecture et l'écriture des écrits carolins, minuscules comme capitaux, ce qui est exceptionnel pour la fille d'un seigneur laïque de l'époque. apprend à monter à monter à cheval et à tirer à l'arc et se révèle cavalière et archère accomplie avant même son 10ème anniversaire.

Son père l'idolâtre: il la gâte, l'emmène partout avec lui quand il ne guerroie pas, et, alors qu'il est plutôt discret dans ses affaires privées, n'a de cesse de vanté les talents de sa fille, affirmant qu'elle portera arme et armure comme sa grand-mère Adeline et ne tardera pas à le surpasser jusque dans l'art de la guerre.

Pour Pierre, Alys est le signe certain que sa maison est bénie: elle est forte comme son père, intelligente comme sa mère, volontaire comme sa grand-mère maternelle: il voit en elle l'héritière qui mènera les Savoie vers la grandeur.

 

Bernix:

Pourtant c'est une fille et non un garçon.

 

Chloé Eolily:

La société médiévale de l'époque est moins patriarcale qu'on ne l'imagine: les rôles des hommes et des femmes ne sont pas encore aussi codifiés et gravés dans le marbre que durant les générations suivantes: si les femmes sont souvent réduites à un rôle subalterne, si une femme issue d'une bonne famille fait preuve de talents exceptionnels, elle n'a guère de difficulté à imposer son autorité sur un fief voire sur tout un royaume.

Mais nous ne saurons jamais quel genre de dirigeante Alys serait devenue: le dimanche 24 décembre, la veille de noel de l'année 1077, Alys s'éclipse à cheval après la messe pour explorer les forêts qui bordent le Val d'Aoste comme elle le fait souvent. Quand elle ne rentre pas chez elle, les serviteurs du château partent à sa recherche mais ne la retrouvent que quatre jours plus tard, blessée et fiévreuse au fond d'un ravin, près de cadavre de son cheval.

 

Bernix:

Pourquoi la laisse-t-on partir seule ainsi?

 

Chloé Eolily:

On ne la "laisse" pas partir seule, mais elle est habituée à n'en faire qu'à sa tête. Elle n'écoute personne si ce n'est son père et son précepteur, et Bernard d'Aoste, devenu évêque de la Vallée en 1073 est pris par l'organisation de la célébration de la Maissance du Christ.

 

Bernix:

Quant à Pierre il est à Ivrée.

 

Chloé Eolily:

En fait, il s'attendait à ce que les troupes alémariques lèvent le camp avant la Trêve de Dieu de Noel. Mais les deux marquis qui assiègent Ivrée se contentent d'assurer à l'évêque Oggero d'Ivrée qu'ils ne monteront pas à l'assaut de la ville pour Noel et maintiennent le siège. Il est donc bloqué à Ivrée et non à Aoste avec sa famille.

La seule personne proche d'Alys à Aoste est Ida, et non seulement celle-ci a tout le mal du monde à se faire entendre de sa fille, mais en tant que Comtesse elle est elle aussi très prise par les préparatifs des célébrations : il n'y a donc personne qui puisse l'empêcher de partir courir les bois.

Le climat de l'époque est doux et les hivers rarement rudes. Les attaques de loups -nombreux dans les Alpes à cette époque- ont totalement cessées avec le redoux: la nourriture est abondante pour cet animal qui craint l'homme l'éviter autant que possible. Alys est habituée à explorer passer du temps loin de la demeure familiale, même en hiver, et n'a pas été élevée dans la crainte des régions qui bordent les terres cultivées.

 

Bernix:

Qu'est-ce qui cause l'accident?

 

Chloé Eolily:

Dans un premier temps on pense à une attaque de loup ou d'ours, mais quand la jeune fille reprend connaissance dans la demeure familiale, elle parle d'un homme qui aurait effrayé son cheval.

 

Bernix:

Et on ne retrouve jamais le mystérieux inconnu responsable de l'accident de cheval.

 

Chloé Eolily:

Non. Le plus probable est qu'il se soit agit d'un braconnier qu'Alys surpris par hasard, mais très vite, des rumeurs de d'assassinat commencent à courir. Deux personnes sont l'objets de ces rumeurs: l'évêque de Lausanne, humilié l'année précédente par Pierre de Savoie, et l'ambitieuse Jeanne de Genève, la veuve d'Amédée, qui espère faire de son fils Humbert l'héritier de la maison de Savoie.

Ceci dit, aucune preuve ne vient étayer les rumeurs, et la mort d'Alys, qui survient le 6 janvier après qu'elle se soit battue deux semaines contre la fièvre, reste à ce jour un mystère.

 

Bernix:

Ce n'est pas le seul malheur qui frappe Pierre à cette époque.

 

Chloé Eolily:

Tout d'abord, non seulement Alys meurt, mais en plus Pierre, assiégé à Ivrée, ignore tout de l'accident et de l'agonie de sa fille. Il n'apprend son décès qu'une fois le siège levé: quand il rentre triomphant à Aoste pour y découvrir la tombe de sa fille adorée.

 

Ensuite d'autres malheurs le frappe: Aliénore, la troisième fille qu'il a eu d'Ida se révèle atteinte de lourd retard mental. Sa mère Adeline, vieillie prématurément par la révolte de de 1068 et la mise à sac de sa capitale comme de sa ville natale décède en Juin 1079, pleurée par ses vassaux et ses sujets. Enfin, le 3 Septembre de cette même année 1079 née Eustache de Savoie, le cinquième enfant d'Ida et Pierre et le seul fils qu'ils auront.

 

La grossesse d'Ida se passe très mal, et l'enfant née très prématuré: sa survie, compte tenu la médecine de l'époque, tient du miracle, mais l'enfant est chétif et très vite va se révéler atteint de nanisme.

Pierre n'assiste même pas à la naissance de son fils: il est mobilisé par Henri IV au printemps de l'année 1079 et part combattre dans la crise de succession de Hongrie.

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Épisode 3: 1079-1102: L'épopée de l'Invincible

 

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Transition vers une carte de la Hongrie médiévale.

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Voix-off:

La dynastie des Arpad, qui règne sur la Hongrie depuis la conquête des Carpates par les tribus magyares en 896, est en crise. Quand le roi András nomme son fils de 4 ans Salomon successeur en 1057, son frère Béla, originellement désigné jusque là comme héritier du trône, refuse de reconnaître comme roi son neveux.

 

Soutenu le neuveu de son épouse -le jeune roi de Pologne Boleslav le téméraire- il s'empare du trône en 1060.

Quand il meurt en 1063, Salomon monte sur le trône, alors que ses cousins Géza, Laszlo et Lampert -les fils de Béla- reçoivent en fief la moitié est du Royaume de Hongrie.

Durant les 15 premières années de son règne, les ambitions de Byzantines, qui considère le Bassin des Carpates comme appartement à son empire, obligent les héritiers d'Arpad à coopérer. Mais lorsque les armées seldjoukides se massent aux frontières de l'Anatolie, Byzance rappelle en catastrophe toutes ses armées, laissant les fils de Béla libres d'assouvir leurs ambitions.

 

La tradition magyare préférant la transmission du pouvoir à l'aîné d'une lignée, une grande partie de la noblesse hongroise préfère Géza, âgé de neuf ans de plus que Salomon, et lui apporte son soutient lorsque celui-ci se soulève. Isolé, Salomon se tourne vers Henri IV en désespoir de cause.

 

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Chloé Eolilly:

Salomon a épousé Judith, l'une des sœurs de Henri IV. Au moment où ses cousins et l'essentiel de la noblesse hongroise se soulève contre lui, il n'a personne d'autre vers qui se tourner pour demander de l'aide.

 

Bernix:

Personne ne croit que Henri IV a une chance de l'aider à gagner cette guerre.

 

Chloé Eolilly:

À cette époque, personne ne pense que la dynastie salienne a une chance de survivre à Henri. Il porte toujours le stigmate de son humiliante défaite cinq ans plus tôt, a à peine eu le temps de reconstituer un squelette d'armée et n'a pour ainsi dire personne pour la commander.

 

Bernix:

Et c'est là que Pierre entre en scène

 

Chloé Eolilly:

Henri masse ses troupes à la frontière hongroise, mais manque de commandants pour organiser celle-ci. Or, Pierre de Savoie a déjà une réputation de commandant audacieux et inventif, et il est allié à Henri par le mariage de sa sœur.

 

Bernix:

Finalement, le refus du Pape d'annuler le mariage entre Henri et Berthe de Savoie va se révéler une bénédiction pour Henri.

 

Chloé Eolilly:

Il est très improbable que Pierre soit resté loyal à Henri IV si celui-ci avait réussi à chasser sa sœur.

Dans tous les cas, Pierre est appelé par Henri IV pour commander ses troupes. Quand il passe la frontière hongroise, au milieu de l'été 1079, Salomon ne contrôle plus qu'une mince bande de territoires qui va de la frontière à la capitale royale d'Esztergom, qui elle-même est assiégée par les fils de Béla. C'est alors même que le règne de Salomon semble toucher à sa fin que Pierre arrive à Esztergom et met en fuite les troupes de Géza.

Les fils de Béla pensent que ce montagnard pour qui la guerre consiste à contrôler d'étroites vallées et de hauts cols ne saura pas se battre dans la Puszta hongroise: gravissime erreur. Durant les 18 mois qui suivent, les troupes commandées par Pierre vont voler de victoire en victoire. À la tête d'une armée bien plus importantes que les troupes qu'il commande dans ses guerres de montagne, il laisse enfin s'exprimer la mesure de son talent.

 

Bernix:

De nombreux récits font état de sa grande témérité durant cette guerre: on peut se demander s'il n'est pas finalement en train de chercher la mort pour lui plutôt que la victoire après tout ce qui lui est arrivé.

 

Chloé Eolilly:

Pierre fait effectivement preuve d'une énorme témérité dans son approche de la guerre en Hongrie, mais celle-ci est plus dû au fait qu'il s'adapte au terrain plat et ouvert du pays où il se trouve qu'à un désir de suicide. Il réalise vite que dans les plaines pannoniennes c'est la vitesse qui prime, et il organise les troupes sous son commandement autour de la vitesse et de la manœuvrabilité: les Hongrois le surnomment dans un premier temps "Péter Semennyi Pancel", c'est à dire "Pierre le Sans Armure", car il abandonne et fait abandonner à ses cavaliers toute armure afin de pouvoir manœuvrer et prendre plus facilement à revers les chevaliers hongrois. Cette stratégie paye et au fil de ses victoires, ils finissent par le surnommer "Az Győzhetetlen": l'invulnérable. Ce surnom lui restera.

 

La révolte des fils de Béla tourne au désastre pour eux: l'aîné, Géza, est capturé par Pierre et enfermé dans les geôles d'Esztergom où il finira sa vie. Laszlo, qui prend le commandement des armées après la prise de son frère ne parvient pas à prendre le dessus sur Pierre, et Lampert, qui tente de pratiquer une politique de la terre brûlée pour ralentir la progression de Pierre s'en va d'exactions en exaction tant et si bien qu'il y gagne le sobriquet de "cruel" et provoque une révolte de la population qui prend le parti de Salomon contre la noblesse.

Le 6 Octobre 1080, Laszlo et Lampert déposent les armes et reconnaissent Salomon comme roi en échange du maintient de leurs terres, et le 19 novembre 1080, Henri IV crée le rang de Feldmarschall des armées germaniques et y élève Pierre.

 

Bernix:

Cette nomination arrive à point nommée.

 

Chloé Eolilly:

On peut le dire: la guerre de succession hongroise est à peine terminée que le duc Gérard de Lorraine se soulève contre Henri et que les tribus baltes lancent de nouvelles incursions.

Gérard de Lorraine convoitait la couronne de Henri depuis un certain temps et avait attaché à sa cause l'essentiel des nobles de l'ouest du royaume germanique, mais lorsque sa révolte commence, la plupart de ses alliés, rendus prudents par la victoire hongroise de Henri et Pierre, font faux bon à Gérard, dont les troupes sont vites écrasées par les armées commandées par Pierre.

 

Les tribus baltes qui espéraient mettre à profit une révolte comme elles l'avaient fait au moment de la révolte Italo-Bourguignone dix ans plus tôt sont prise de court quand les armées commandées par Pierre, victorieuses en Lorraine bien plus rapidement que les tribus baltes ne l'imaginaient, se tournent vers l'est et les attaquent. Pierre ne se contente pas de les mettre en fuite mais les pourchasse jusqu'à la Poméranie orientale, qu'il conquière pour Henri IV en 1082.

 

Pour la première fois depuis une décennie, Henri IV est pris au sérieux en tant que souverain: ses vassaux se présentent à nouveau à sa cour, et la base germanique de son pouvoir à nouveau assurée, il peut de nouveau se tourner vers le sud.

 

Bernix:

Il prend pour cible la Lombardie.

 

Chloé Eolilly:

Albertazzo d'Este a plus de 80 ans et règne sur le nord-est de l'Italie depuis 1020 et son seul fils survivant est à la cour de Navarre. Lorsque son état de santé commence à décliner, il n'y a pas d'héritier indiscutable, et Henri IV tente alors de s'imposer comme successeur d'Albertazzo. Ce que la noblesse lombarde refuse bien entendu catégoriquement. En novembre 1083, Henri IV se rend à la frontière des Grisons, alliés à Albertazzo, dans l'espoir de convaincre la noblesse de la région d'appuyer ses prétentions sur le trône. Les choses tournent mal pour Henri: sa venue est considérée comme une insulte par le Grand Marquis de Milan, qui le fait enlever.

 

Bernix:

Cette tentative d'enlèvement ne se passe pas aussi bien que celle de l'évêque Annon.

 

Chloé Eolilly:

Oui: alors qu'Annon était parvenu à garder Henri sous bonne garde, celui-ci échappe cette fois-ci à ses ravisseurs quand Pierre et un petit groupe de chevaliers sous son commandement rattrape les troupes d'Albertazzo, les massacre, et libère Henri avant que ses capteurs ne passent les Alpes.

Henri IV est furieux: il n'a pas oublié l'humiliation de ses quatre années de captivités et réagit comme on pouvait s'y attendre: en levant ses armées et en partant à l'assaut de Milan.

 

*

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*

 

Wiliknia Moloka'i:

Après la révolte Italo-Bourguignone, l'Italie est gouvernée par un triumvirat de fait entre Mathilde de Toscane, Albertazzo d'Este et le pape Alexandre II. Mathilde de Toscane ambitionne de devenir souveraine d'un royaume d'Italie étendu qui engloberait la vallée du Rhône, ce à quoi s'opposent Albertazzo et le pape. Quand la guerre reprend entre la Francie Orientale et le Grand Marquis de Milan, celle-ci n'apporte pas son soutient à ce dernier, le laissant seul face à une armée germanique reconstituée et mieux organisée qu'au moment de la révolte Italo-Bourguignone.

 

Bernix:

Ce n'est pas la seule guerre qui agite l'Italie du Nord.

 

Wiliknia Moloka'i:

Parallèlement à la reconquête de la Lombardie, qui s'achève la veille du nouvel an 1086, Pierre de Savoie met à profit sa proximité avec l'empereur Henri IV pour s'emparer du Monfrà et de Lyon. Le Marquis de Monfrà s'est mis sous la protection du Comte Frédérique d'Andechs, devenu trésorier d'Henri IV. Pierre prend prétexte du mariage entre sa mère Adeline de Suse et le marquis Henri du Monfrà, qui fut brièvement son époux de 1042 à sa mort en 1045 ainsi que de la capitulation des Aleramici pendant sa campagne de Saluces pour se revendiquer maître de l'ensemble des terres de cette famille. Les troupes Savoyardes censées rejoindre les armées d'Henri IV s'arrêtent au Monfrà et quand le marquis Guillaume présente son cas devant l'empereur, l'empereur tranche en faveur de son maréchal sans que le Comte d'Andechs ne s'oppose à la décision.

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En mars 1086, après que la Lombardie se soit soumise à Henri IV et le Monfrà à sa personne, Pierre se retourne contre le royaume de Lyon.

 

 

*

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*

 

Chloé Eolilly:

Le Royaume de Lyon est un état éphémère fondé par le frère d'Ida Artaud au moment de la révolte Italo-Bourguignone. Artaud meurt en 1074, et son fils et héritier, le roi Guillaume Ier de Lyon, décède à son tour en 1082. Le troisième roi de Lyon est Guillaume II, le petit fils d'Artaud, qui n'a même pas un an quand il est proclamé roi.

 

De son côté, Ida craint pour le futur de ses enfants: sa fille aînée est morte dans un accident suspect; l'handicap physique de son seul fils est devenu visible aux yeux de tous, des trois filles qui lui restent, une est attardée, et les deux autres n'ont pas les talents d'Alys et ont été mariées au fils cadet d'un petit baron souabe pour l'une et au quatrième fils du vicomte de Narbonne pour l'autre. Sans véritable allié, et alors que son époux guerroie de manière presque ininterrompue depuis sept ans, Ida sait que la Maison de Savoie est dans une posture instable: tant que Pierre vit, son autorité et son prestige maintiennent la petite noblesse docile. Mais s'il vient à mourir sur le champs de bataille, il n'est pas du tout sûr que l'un de ses enfants parvienne à s'imposer à la tête des domaines de Savoie. Par dessus le marché, Jeanne de Genève, la veuve d'Amédée -le frère cadet de Pierre mort pendant la révolte Italo-Bourguignone- ambitionne de faire de son fils aîné Humbert l'héritier des Savoie et dispose du soutient de la plupart des châtelains dont les domaines se trouvent au nord d'Aoste.

La conquête de Lyon est un projet d'Ida qui espère faire de la cité un bastion sur lequel ses enfants pour s'appuyer quand viendra le moment de succéder à Pierre. Celui-ci ne prendra pratiquement pas part à la conquête de Lyon car dès l'été 1086, il est rappelé par Henri IV pour retourner aux côtés du roi hongrois Salomon pour l'assister dans la guerre contre le Khan petchénègue Kabuksin, alliés aux Coumans.

 

La conquête de Lyon se révèle être une entreprise bien moins aisée que prévue: contrairement aux espoirs d'Ida, qui pensait pouvoir aisément convaincre la petite noblesse lyonnaise de la soutenir plutôt que le nourrisson mis sur le trône, celle-ci fait bloc autour de son très jeune roi. En l'absence de Pierre et de ses meilleurs officiers, elle ne parvient pas non plus à prendre rapidement la cité, qui lui résiste jusqu'au mois de janvier 1088, et même alors, les fidèles de Guillaume II se replient sur le Forez, le bastion de sa famille, et de là la harcèlent par des raids Ida qu'ils refusent de reconnaître comme Reine de Lyon.

Le coup de grâce vient de Jeanne de Genève, l'ambitieuse rivale d'Ida. Jeanne convainc son neuveu Aymond, le Comte de Genève de prend prétexte du fait qu'Ida se soit proclamée Reine de Lyon plutôt que d'ajouter la cité au domaine de son époux pour l'attaquer: officiellement, il ne s'agit pas d'une révolte contre Pierre puisque le Genevois prend d'assaut un territoire qui n'a pas été rattaché à la Savoie. Pierre, qui combat les Petchénègues à l'est du royaume de Hongrie n'est pas en mesure de revenir sur ses terres pour intervenir, et Ida, prise en tenaille entre les fidèles de son petit neveu à l'ouest et les troupes genevoises à l'est doit abandonner Lyon aux Genevois après un court règne de un an sur la cité. Elle revient à Aoste vaincue et malade et meurt le 18 avril 1089 alors que son époux est loin à l'est.

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Quand Pierre revient de Hongrie au de l'année 1090, il est mis devant le fait accomplis: sa femme est morte, la ville qu'elle avait conquise fait désormais partie du Genevois, et Jeanne de Genève domine désormais sans partage les terres savoyardes situées au nord d'Aoste, contraignant Pierre à composer avec elle.

 

*

Retour vers le château, cette fois-ci, Bernix entre dans une toute petite chapelle

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*

 

Bernix:

Nous sommes ici dans la toute petite chapelle privée du château de Nix: cet endroit fut longtemps le domaine exclusif du seigneur de la maison de Savoie. Elle est construite quand Pierre revient de Hongrie pour la seconde fois, et c'est sous cette petite chapelle que se trouve la crypte où tous les seigneurs de la maison de Savoie iront reposer.

Pierre va beaucoup fréquenter cette chapelle: non seulement porte-t-il le deuil de sa première épouse, mais il est devenu méfiant et asocial: il ne se rend pratiquement plus à la cité d'Aoste et vit reclus dans sa ferme fortifiée. Il n'en sort pratiquement plus jusqu'en 1095. Durant cette période, c'est son chancelier Bouchard von Babenberg qui gouverne ses terres. Même après son mariage en seconde noce avec Eupraxie Macrembolites -la sœur du duc d'Arménie orientale Jean Macrembolite- il reste reclus. En fait, durant les deux premières années de leur mariage, Eupraxie ne voit pratiquement pas son époux.

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Wiliknia Moloka'i:

Le Royaume d'Arménie Bagratide est instauré au IXème siècle à la faveur de l'affaiblissement de la dynastie Abbasside. Tirant profit du morcellement du Califat sunnite, la dynastie Bagratide -une ancienne famille de la noblesse arménienne dont les origines remontent au Vème siècle- reconquière l'Arménie et joue des rivalités entre Byzance et les émirats arabes pour assurer son indépendance pendant deux siècles.

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Au Xième siècle, le royaume Bagratide passe dans la sphère d'influence byzantine et est réintégré à l'empire byzantin en 1045. la moitié est de ce territoire est donnée en fief à Théodore Macrembolites en 1071, après la victoire byzantine à Manzikert. Celui-ci à deux fils, Thomas et Jean, qui lui succèderont tout à tour à la tête de l'Arménie byzantine orientale, et Eupraxie, qui deviendra la seconde épouse de Pierre de Savoie.

 

Depuis que Mohammed Tugrul Bay, le fondateur de la dynastie l'Empire Perse Seldjoukide est devenu le protecteur du califat abbasside en 1058, les Seldjoukides ont eu des vues sur la péninsule anatolienne. Leur avancée est stoppée un temps par leur défaite à Manzikert, mais à partir de 1078, ils avancent de nouveau sur l'Anatolie, et les armées byzantines cèdent depuis lentement mais sûrement du terrain. Au moment du mariage entre Eupraxie Macrembolites et Pierre de Savoie, tout l'intérieur de la péninsule d'Anatolie est passé sous contrôle seldjoukides.

 

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Chloé Eolilly:

Eupraxie est sans le moindre doute une jeune femme exceptionnellement brillante. Elle maîtrise le Latin, le Grec, l'Arménien, l'Arabe et le Perse. La position du territoire dirigé par son frère aîné durant son enfance lui permet d'être au contact des cultures byzantine, arabe et perse. Son intelligence remarquable est déjà connue et vantée dans tout l'empire byzantin.

 

Bernix:

Comment cette jeune femme qui vit si loin à l'est en vient-elle à épouser Pierre de Savoie.

 

Chloé Eolilly:

Bouchard von Babenberg est chancelier de Savoie depuis que Pierre a été fait Feldmarschall de Henri IV, et de sa position, il est conscient de la fragilité du pouvoir de Pierre. Il espère qu'une seconde épouse lui donnera un fils plus vigoureux qui pourra être nommé héritier, et pour cette raison il va pousser son seigneur à prendre une seconde épouse. De son côté, Eupraxie sais que les terres arméniennes où elle a grandi ne tiendront plus longtemps face aux Seldjoukides. La Savoie est à l'époque un territoire éloigné, un refuge potentiel sûr pour sa famille, dirigée par l'un des plus grands généraux du siècle. De là, elle va passer plus de 10 ans à nouer des alliances dans le but de venir au secours du domaine des siens.

 

Bernix:

Ce mariage d'intérêt n'est pas très heureux les premières années.

 

Chloé Eolilly:

En réalité, Pierre porte encore le deuil de sa première épouse. Eupraxie est pour lui une étrangère, il est devenu beaucoup plus solitaire que dans sa jeunesse, et il va aller jusqu'à délibérément éviter sa nouvelle femme pendant les deux premières années de son mariage.

 

Bernix:

Des rumeurs se mettent à courir sur Eupraxie.

 

Chloé Eolilly:

De nombreuses rumeurs, en effet: on dit d'elle qu'elle préfère la compagnie intime d'autres femmes, qu'elle s'adonne à la débauche, qu'elle a secrètement porté un enfant incestueux avant de se marier avec Pierre, de s'être secrètement converti à l'Islam, de pratiquer la magie noire…

 

Bernix:

Ces rumeurs sont-elles complètement infondées, malveillantes peut-être?

 

Chloé Eolilly:

Voilà ce que l'on sait avec certitude: Eupraxie arrive à Aoste avec une suite d'une douzaine de dames de compagnie grecques. Elle demande à se faire construire un pavillon personnel dans la résidence de son époux où elle loge avec ses dames de compagnie et pendant plusieurs années, n'a guère de contact avec celui-ci. Ce comportement va alimenter les rumeurs, mais le fait est qu'à son arrivée Eupraxie ne connaît personne dans le domaine de Savoie, ne parle même pas la langue locale et n'a donc que la conversation de ses dames de compagnie. Elle va néanmoins très rapidement apprendre le Valdôtain et va dès lors faire des efforts pour se faire accepter de la population, ce qui va la rendre plus populaire mais va également attirer sur elle les foudres de Jeanne de Genève qui n'aura dès lors de cesse d'œuvrer pour diminuer son influence, et qui est fort probablement la source de bon nombre des rumeurs parvenues jusqu'à nous.

 

Bernix:

La rivalité entre Jeanne et la nouvelle épouse de Pierre est-elle si virulente?

 

Chloé Eolilly:

Jeanne de Genève a réussi à se construire une base politique importante dans la partie bourguignonne du territoire des Savoie et son fils Humbert est préféré par la moitié des vassaux de Pierre. Ce qu'elle craint par dessus tout c'est que la nouvelle femme de Pierre lui donne un fils plus vigoureux qu'Eustache.

 

Bernix:

Ce qui est particulièrement ironique quand on sait qu'Eupraxie ne donnera que des filles à Pierre et que celui-ci survivra à Humbert.

 

Chloé Eolilly:

Ça, Jeanne de Genève ne peut le savoir à l'époque. Toujours est-il qu'en 1095, son influence sur le nord du domaine des Savoie va commencer à ternir. Elle s'est rapprochée de l'évêque de Fribourg Bouchard d'Oltigen, dont la zone d'influence, bien que réduite, englobe encore le pourtour du lac Neuchâtel. Celui-ci s'est rapproché de la famille des Habsbourg qui ont reçu en fief le Duché de Haute Bourgogne, qui englobe à l'époque le Comté de Bourgogne, le nord de la Transjurane et l'Argovie. Durant les 5 années durant lesquelles Pierre reste reclus dans sa résidence valdôtaine, Jeanne et Bouchard vont tenter de convaincre le Duc Othon de les appuyer contre Pierre, et lorsque celui-ci se prononce en faveur des ambitions d'Humbert, il le fait en tant que seigneur du nord de la Bourgogne Transjurane, d'où le conflit qui éclate entre lui et Pierre.

 

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Retour au bureau d'universitaire bordélique.

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Wiliknia Moloka'i:

Il est improbable que Jeanne de Genève ai eu l'influence ou les moyens de menacer le règne de Pierre de Savoie comme l'on affirmé ses ennemis par la suite. Quant au fait qu'Othon de Habsbourg ai revendiqué voix au chapitre de la succession de la Maison de Savoie en tant que Seigneur de la Transjurane septentrionale, s'il s'agit bien d'une maladresse de la part du duc de Haute Bourgogne, il s'agit surtout d'un prétexte pour Pierre de Savoie qui poursuit une politique expansionniste depuis près de 30 ans.

 

Bernix:

Pierre de Savoie lui-même ne prendra que très peu part au conflit qui l'oppose à Othon de Habsbourg

 

Wiliknia Moloka'i:

Il va s'appuyer sur les mêmes troupes de mercenaires lombardes dont il est le principal employeur depuis près de 20 ans. Elles assiègent Neuchâtel en 1096 et écrasent les troupes des Habsbourg à Dijon le 11 Janvier 1097, permettant l'annexion du pourtour du lac de Neuchâtel au domaine de Savoie, pendant que Pierre et ses troupes personnelles sont mobilisées par Henri IV pour sa guerre contre la Confédération Abotride; dont les territoires s'étendent du Danemark à la Pologne.

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Transition vers une carte de la région baltique

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Voix Off:

Les Abotrides font partie des tribus slaves baltiques ayant pris d'assaut la Francie Orientale au début des années 1070 et 1080. Après plusieurs campagnes militaires couronnées de succès, désormais soutenu par une armée renouvelée et mieux organisée par les soins de Pierre de Savoie, Henri IV décide de conquérir la région de Poméranie occidentale, qui constitue encore à l'époque un ensemble de principautés indépendantes.

 

*

Transition vers une nouvelle suite d'images fixes et de vidéo mettant en scène de batailles médiévales

*

 

Les princes Abotrides résistent trois ans aux assauts germaniques. Pierre de Savoie, bien que grièvement blessé à Mikilenburg à la fin du printemps 1097, continue à commander aux troupes germaniques et s'empare de la Liubice, la capitale Abotride 6 mois plus tard.

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Pour le seigneur de la maison de Savoie, le répit est de courte durée: il doit à partir de Novembre 1099 commander aux troupes parties à l'assaut de la Toscane.

 

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Retour au bureau d'universitaire bordélique.

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Wiliknia Moloka'i:

La guerre d'Italie est la c#nséquence de la dissolution de l'Alliance Papale -la structure politique informelle et dominée par le pape qui succède à l'Empire Salien après la révolte Italo-Bourguignone-. le pape Alexandre II espérait constituer sur la base du royaume d'Italie un état papal étendu qui renforcerait l'influence de la papauté et assurerait son indépendance face aux monarques d'Europe. Cette alliance commence déjà à s'effriter quand la Lombardie repasse sous contrôle germanique, mais c'est la Première Croisade qui va épuiser ses troupes et ses ressources.

Le grand projet d'Alexandre II est de reprendre la péninsule ibérique aux Maures: la dissolution du Califat de Cordoue en une multitude de Taïfas indépendants après 1031 rend l'Andalousie musulmane vulnérable militairement. La Première Croisade, dite Croisade Occidentale, va durer de Janvier 1090 à Septembre 1092 et va aboutir à l'annexion de la Taïfa de Saragosse par le Royaume d'Aragon alors que les Taïfa de Tolède et Cordoue conquises par les alliés du Pape sont réunies dans un "Royaume d'Andalousie Chrétienne" et sont données au Duc de Provence Bertrand Bosonide.

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Alexandre II n'a pas l'opportunité de profiter de son succès: il meurt un mois avant la prise de Cordoue, et l'alliance politique -issue de la révolte Italo-Bourguignone et qui s'est étendue aux royaumes ibériques chrétiens-qu'il a dirigé, se délite fasse aux difficultés financières provoquées par les dépenses de la Croisade Occidentale.

 

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Retour au bureau John Cadre Dynamitch

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Chloé Eolilly:

Le successeur d'Alexandre II sur le Saint Siège est Simplice II. Natif de Saluces, il est proche de l'évêque Bernard d'Aoste et moins hostile à Henri IV que son prédécesseur. Les premières années de son règne pontifical sont dédiées à tenter de préserver l'alliance bâtie par son prédécesseur, mais il est impuissant à en empêcher le délitement: La crainte de la reconstitution d'une puissante Andalousie Musulmane disparaît avec la prise de Cordoue, et avec elle, la raison pour laquelle les monarques ibériques laissaient Rome intervenir directement dans leurs affaires. la Reine d'Andalousie Adeline Première, qui hérite du trône de son frère Bertrand en 1096, déplace sa capitale à Cordoue et adopte la même attitude que les autres monarques ibériques, alors que Mathilde de Toscane qui règne sur toute l'Italie centrale dispute plus que jamais la position dominante sur la péninsule au Pape. Estimant que les ambitions d'un grand état papal d'Alexandre II ont vécu, Simplice II décide finalement de soutenir Henri IV dans sa reconquête de l'Italie.

 

Bernix:

C'est cette proximité avec l'évêque d'Aoste qui va permettre la signature de la Paix de Saint Bernard.

 

Chloé Eolilly:

Tout à fait: les armées toscanes sont défaites dès la fin de l'année 1101, mais la paix est définitivement signée l'année suivante. Bernard d'Aoste va plaider en faveur d'une réconciliation publique entre la papauté et la couronne salienne, et va obtenir gain de cause: Henri IV accompagne Bernard d'Aoste à Rome et participe aux célébrations de pâque avec le Pape. Pour la première fois dans l'histoire, le terme de "Saint-Empire Romain Germanique" est employé quand le Pape, sur une suggestion de Bernard d'Aoste, use de ce terme pour décrire le territoire d'Henri IV, qui est finalement couronné Empereur à Rome le 27 Avril 1102

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Épisode 4: Du Triomphe à la Déchéance

 

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Wiliknia Moloka'i:

l'influence de l'évêque d'Aoste dans le processus de réunification de l'Empire Salien est très surestimée. Celle-ci doit moins au plaidoyer d'un idéaliste qui désire "la paix et l'unité entre tous les versants des Alpes" et davantage aux réalités politiques de l'époque: Henry IV pérennise ses conquêtes en obtenant du pape qu'il légitime l'existence d'un empire unifié, en échange de quoi le pape obtient que la réforme clunisienne soit étendue à l'ensemble des territoires germaniques.

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De plus, Simplice II souhaite à l'époque lancer une seconde croisade, celle-là en direction de l'Anatolie, et il a besoin du soutient des troupes françaises et germaniques pour réaliser ce projet.

 

Bernix:

Il s'agit d'enrayer la progression des Seldjoukides.

 

Wiliknia Moloka'i:

Depuis 1078, l'Empire Seldjoukides progresse dans la péninsule anatolienne: au début du XIIème siècle, l'Empire Byzantin n'en contrôle plus que les côtes et Constantinople elle-même semble sur le point de tomber. De plus, le schisme entre les Églises Catholique et Orthodoxe est encore récent et l'entourage du Pape espère que cette seconde croisade pansera les plaies entre Rome et Constantinople.

 

Bernix:

Cette croisade aurait pu être très différente.

 

Wiliknia Moloka'i:

À la différence de la Croisade Occidentale qui a été surtout une affaire de militaires professionnels, l'appel à la Croisade en Orient par Simplice II génère une ferveur populaire sous l'influence de prêcheurs tel Pierre l'Ermite d'Amiens. Au lieu d'une armée professionnelle, c'est une foule de paysans dévots mais sans armes ni entraînement qui se lève.

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De plus, au fur et à mesure que cette armée désorganisée s'agrandit, un nombre grandissant de croisés commence à exprimer le désir de reprendre Jérusalem aux Fatimides plutôt que de porter secoure à l'Empire Byzantin, Or un tel acte aurait amené les deux grands empires musulmans à s'allier, une situation que ni le pape ni l'Empereur Étienne de Byzance ne souhaitent.

 

Bernix:

Et Pierre de Savoie est envoyé pour organiser cette armée imprévue.

 

Wiliknia Moloka'i:

Il s'agit autant d'un exil que d'une mission: l'expansionnisme de Pierre de Savoie -à sa mort, le territoire sous le contrôle des Savoie a plus que triplé par rapport à ce qu'il était au début de son règne, et est six fois plus étendu si on ne compte que le Comté de Savoie avant le mariage entre Othon de Savoie et Adeline de Suse- inquiète à juste titre un nombre grandissant de nobles à la cour d'Henri IV. L'envoyer combattre l'empire des Turcs Seldjoukides à la tête d'une armée de paysans inexpérimentés est un moyen de le maintenir hors d'état d'étendre davantage encore son domaine.

 

Bernix:

Cette croisade est particulièrement violente.

 

Wiliknia Moloka'i:

Les violences de la seconde croisade commencent dès avant même le début des combats entre Croisés et Turcs: plusieurs pogroms se produisent contre le communautés juives en France et dans le Saint Empire. Quand les Juifs ne sont pas massacrés, on leur extorque des fortunes qui laissent les communautés ruinées.

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Les pillages ne concernent pas que les juifs: des villages entiers, dont les population sont accusées sans preuve de pratiquer le paganisme ou d'être fidèles à des hérésies, sont massacrés en Hongrie et dans le nord de l'Empire Byzantin, et quand Pierre de Savoie arrive au camp de Civitot, les Croisés sont sur le point d'attaquer Nicée, récemment conquise par les Seldjoukides.

Dénués de toute expertise militaire, les Croisés n'auraient jamais pu prendre et conserver la cité et allaient au devant d'un massacre.

 

Bernix:

Comment Pierre de Savoie parvient-il à calmer les Croisés?

 

Wiliknia Moloka'i:

Il n'essaye même pas de les calmer. Il convainc les croisés d'attendre avant d'attaquer le temps que lui et ses troupes entraînent et arment correctement une avant-garde.

En réalité, Pierre n'a nullement l'intention de former à la guerre une armée de paysans dévots plus prompts à suivre les prêches de moines mystiques que les ordres de seigneurs laïques. "l'avant-garde" que Pierre forme ne produira que quelques éclaireurs.

Il a par contre bien l'intention de prendre Nicée et de tirer avantage des Croisés pour se faire. L'entraînement d'une "avant-garde" lui permet de temporiser le temps que des troupes fraîches arrivent des provinces germaniques. Quand celles-ci arrivent en Octobre 1102, il lance l'assaut de la cité. Les croisés sont lancés en première ligne afin de limiter les pertes du côté des chevaliers et mercenaires sous les ordres de Pierre. La ville est prise rapidement et mise à sac.

Quand les troupes turques contre-attaquent, elles sous-estiment grandement le nombre de soldats professionnels parmi les armées de Pierre de Savoie et la contre-attaque tourne au massacre des troupes turques par les armées de Pierre. Au mois de mai 1103, Pierre de Savoie pousse le Shah Seldjoukide Toghan Premier à commettre la même erreur quand il se met en tête des membres de la croisade populaire: voyant les bannières du Savoyard, les éclaireurs du Shah croient voir l'armée principale, et celui-ci prend d'assaut les croisés paysans à la bataille de Dorylée.

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Bernix:

Cette bataille est extrêmement sanglante.

 

Wiliknia Moloka'i:

Pierre de Savoie ne fait pas grand cas de la Croisade Populaire, et n'a aucun scrupule à se servir de celle-ci comme appât. Plus de 10.000 croisés sont tués à Dorylée avant que les troupes professionnelles restées en arrière ne prennent les armées turques à revers et ne les massacrent à leur tour. Plus de 30.000 soldats Seldjoukides sont tués lors de cette bataille, et le Shah n'échappe au massacre que de justesse grâce au sacrifice de sa garde personnelle.

La Bataille de Dorylée n'est pas le seul événement sanglant: afin de nourrir ses troupes, Pierre n'hésite pas envoyer les croisés piller des villages et des bourgs sur la route qui le mène en Cilicie. Plusieurs témoignages de soldats et de bureaucrates fidèles aux Seldjoukides font état de l'extraordinaire sauvagerie des croisés lors de la traversé de l'Anatolie: les membres de la croisade populaire accusent les populations locales de s'être trop facilement soumises à l'envahisseur turc et en tire prétexte pour leurs exactions

 

À la différence des pogroms et pillages commis durant le voyage des croisés jusqu'à Constantinople, les massacres d'Anatolie ne sont pas le fruit d'une foule incontrôlée mais le résultat d'une campagne organisée et délibérée: des fouilles archéologiques ont trouvés un grand nombre de fosses communes contenant jusqu'à plusieurs centaines de dépouilles de tous âges et des deux sexes, portant les marques d'exécutions rapides à l'épée, la hache voire le marteau de guerre -des armes portées par les soldats professionnels de Pierre de Savoie et non par les membres de la croisade populaire- près de villages situés à proximité des routes empruntées par les croisés et les traces du transport de denrées alimentaires de ces villages vers les campements des croisés.

Les guerres médiévales tendent à faire relativement peu de victimes civiles comparées aux famines et épidémies. Le massacre délibéré d'un grand nombre de civils vivant hors des villes -

les estimations font état de 100 à 200.000 civils massacres en Anatolie et dans les provinces d'Alep et de Mossoul- fait de la Deuxième Croisade à la fois une exception et un précurseur: un siècle plus tard, c'est Pierre de Savoie qu'Arnaud Amaury citera comme exemple à suivre lors du massacre des Cathares.

Ce n'est qu'une fois arrivé en Cilicie, où vit une importante population arménienne favorable à Pierre de Savoie du fait de son mariage que celui-ci interdira le pillage et les massacres à ses troupes.

 

Bernix:

C'est à partir de cette région qu'il prend Antioche et ouvre la route de Jérusalem.

 

Wiliknia Moloka'i:

"Ouvrir la Route vers Jérusalem" tient plus de la propagande que du succès militaire. L'accès à Jérusalem -alors sous domination fatimide- était déjà ouvert aux pèlerins chrétiens, même si une partie des élites de la chrétienté craignait que l'empire Seldjoukide en expansion n'en vienne conquérir la ville sainte et à interdire son accès aux pèlerins chrétiens.

En réalité, en 1104, quand le siège d'Antioche commence, ni le Pape, ni l'Empereur Romain d'Orient, ni Pierre de Savoie n'ont l'intention de disputer Jérusalem aux Fatimides ce qui ne manquerait pas de les jeter dans les bras des Seldjoukides. Néanmoins les troupes sous le commandement de Pierre de Savoie, sans compter les quelques 20 à 25.000 membres de la Croisade Populaire qui ont survécu aux batailles et à la traversé de l'Anatolie manquent de nourriture mais aussi d'armes de sièges: il n'est pas possible de prendre la cité d'assaut, ni d'affamer les troupes turques qui la tiennent.

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La solution est obtenue par Eupraxie Macrembolites: l'épouse de Pierre de Savoie qui l'a suivi à Constantinople afin de faciliter les rapports entre son époux et la noblesse byzantine se rend au Caire en tant qu'envoyée diplomatique. C'est elle qui va convaincre le Calife fatimide Ma'ad al-Mustansir Billah d'aider Pierre de Savoie: les Fatimides vont livrer -officiellement "vendre"- de grandes quantité de nourriture aux croisés qui assiègent Antioche et laisser des navires anglais transportant du matériel de siège passer au large de leur territoire -les Fatimides prétendront croire qu'il s'agissait simplement de navires marchands-. En échange, après s'être emparé d'Antioche au début de l'année 1105, Pierre de Savoie envoie ses troupes à l'assaut d'Alep et de Mossoul, mettant à sac les deux cités, et utilisant le butin du pillage comme paiement aux Fatimides pour leur soutient officieux lors du siège d'Antioche.

Afin de satisfaire les membres de la Croisade Populaire, Pierre invite le Calife al-Mustansir à Antioche: celui-ci remet à Pierre un document reconnaissant aux Chrétiens la suzeraineté sur la "Route d'Asie Mineure" reliant Constantinople à Jérusalem, et accompagne une délégation comprenant Pierre de Savoie, son épouse Eupraxie Macrembolites, un millier de chevaliers et un millier de membres de la Croisade Populaire vers Jérusalem afin que ceux-ci célèbrent la Pâque dans la ville sainte.

 

Bernix:

Cette "Suzeraineté sur la route" est purement symbolique.

 

Wiliknia Moloka'i:

L'Asie mineure n'a jamais fait partie du territoire Fatimide: le Calife offre aux croisés une "route" imaginaire située sur un territoire qu'il n'a jamais possédé. Cette mise en scène permet aux croisés de se venter d'avoir "conquis" Jérusalem, qui reste dans les faits sous contrôle Fatimide. Le Calife Fatimide se prête d'autant plus volontiers à cette mascarade que la campagne meurtrière de Pierre de Savoie a grandement affaiblit le principal rival des Fatimides, le coup de grâce étant la mort du Shah Toghan Premier qui succombe au début de l'année 1106 aux blessures qu'il reçu en tentant de porter secours à Mossoul.

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*

Retour vers la chapelle du château

*

 

Bernix:

Alors que la Seconde Croisade bât son plein de son terme, des événements gravent touchent l'Europe Occidentale: le Sultanat Ziride part à l'assaut de Rome: la Troisième Croisade, la Croisade Latine commence alors, avant même que la Seconde ne soit terminée.

 

*

Retour au bureau d'universitaire bordélique.

*

 

Wiliknia Moloka'i:

La Papauté présente à l'époque l'assaut de Rome par les Zirides comme la preuve que le Monde Musulman est unifié et capable de coordonner des attaques simultanées sur plusieurs régions. Bien sûr il n'en est rien: il n'y a aucune coordination entre la dynastie turco-perse sunnite des Seldjoukides et la dynastie arabo-berbère chiite des Zirides, et comme nous l'avons vu, la Seconde Croisade a vu le Calife Fatimide aider les croisés contre un autre souverain musulman.

L'attaque de Rome par les Zirides est en réalité une décision opportuniste: le Sultanat Ziride est à l'époque en pleine décadence: il est sorti défait de ses conflits avec le Califat Fatimide et son territoire s'est réduit à une fine bande côtière centrée sur la ville de Mahdia. Le Sultan Yahya Ziride qui a vu son territoire fondre en trente ans pense que les croisades Andalouse et Anatolienne ont suffisamment dispersées les armées des royaumes chrétiens et attaque Rome en 1104. Cette croisade sera conduite par Henri IV. Plutôt que de tenter d'envoyer des troupes à Rome, Henri IV envoie ses armées en Sardaigne assiéger le port de Civita (Olbia de nos jours), tenu par l'Émir Munis II de Tunis, un vassal de Yahya Ziride. Ce port sert de point de relais pour les troupes parties d'Afrique en direction de Rome. C'est durant la prise de la cité qu'il meurt le 27 novembre 1105. L'ironie de l'histoire veut qu'Henri IV, dont le règne avait vacillé lors de sa première campagne de Sardaigne et qui s'était retrouvé à deux doigts d'être excommunié et renversé par le Pape, meurt en héros de la Chrétienté en tenant en échec le Sultanat Ziride sur cette île qui avait failli lui coûter sa couronne.

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Bernix:

Qu'en est-il de la Savoie? son seigneur fait la guerre entre Alep et Mossoul à cette époque, l'épouse de celui-ci voyage entre Constantinople, Adana et le Caire, lui faisant office d'ambassadrice, pourtant la Savoie va jouer un rôle dans cette croisade.

 

Wiliknia Moloka'i:

Un rôle bien peu flatteur. Au début de l'année 1105, le chancelier de Savoie Bouchard von Babenberg envoie des troupes savoyardes occuper Nice. Le Comté de Nice fait partie des derniers territoires laissé à Mathilde de Toscane, avec Parme et la Corse, après la reconquête de l'Italie. La raison officielle est de porter assistance aux niçois contre d'éventuels raids arabes. En réalité, les troupes savoyardes restent à Nice et Bouchard annexe purement et simplement le Comté.

 

Bernix:

Bouchard von Babenberg agit-il sur ordre de Pierre?

 

Wiliknia Moloka'i:

Il est peu probable que le chancelier de Savoie, un fidèle parmi les fidèles ai agit sans l'accord de son maître. On sait par les courriers de membres de la noblesse locale que Pierre de Savoie a pendant longtemps souhaité contrôler un accès à la mer, et quand il revient finalement d'Antioche, loin de désavouer son chancelier, il défend son "initiative". L'empereur Philippe, nouvellement couronné, n'ose pas, dans un premier temps, s'opposer au vainqueur de la Seconde Croisade. Seul le Roi de Pologne, qui a épousé l'une des filles de Mathilde de Toscane, ose s'élever contre Pierre et envoie une flotte tenter de reprendre Nice.

 

*

Transition vers des images de carte postale de la côte d'azur suivies d'images représentant des batailles médiévales

*

 

Voix Off:

Après un voyage de plusieurs mois par la mer, les armées polonaises emmenées par le chancelier de Pologne Gaudentius de Czarkow débarque à Nice en Mars 1107 et prennent le contrôle du Comté sans rencontrer de résistance. C'est à Pignerol que les armées Polonaise font face aux armées de Savoie le 28 Juin 1107.

 

*

Retour au bureau John Cadre Dynamitch

*

 

Chloé Eolilly:

La Guerre entre la Pologne et Pierre de Savoie est un désastre côté polonais: les troupes polonaises arrivent épuisées par un voyage en mer alors que les troupes savoyardes qui ont gagné l'année précédente une guerre contre un empire qui s'étend de l'Euphrate à l'Indus ont eu le temps de se reposer.

L'armée polonaise est écrasée à Pignerole; ce qu'il en reste se replie sur Nice où des renforts arrivent: les troupes Savoyardes les y poursuivent et les y écrasent malgré les renforts; les survivants se replient en Corse où ils sont rejoints par des troupes fidèles à Mathilde de Savoie; ils reprennent la mer, débarquent à Gênes et tentent de prendre les troupes savoyardes à revers, et celles-ci les écrasent à Pignerole une seconde fois. En tout, 5.000 soldats Polonais et 2.000 soldats fidèles à Mathilde de Toscane prennent part au conflit face à 3.500 vétérans de la Seconde Croisade: parmi les assaillants, moins de un sur cinq survit à la guerre et le Chancelier de Pologne lui-même finit dans les geôles savoyardes.

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Bernix:

Mais c'est un triomphe de très courte durée pour Pierre.

 

Chloé Eolilly:

En effet: le 8 décembre 1107, l'empereur Philippe déchoit à la surprise générale Pierre de Savoie de tous ses titres.

 

*

Retour au bureau d'universitaire bordélique.

*

 

Wiliknia Moloka'i:

La décision de l'empereur Philippe n'a rien de surprenant. Ayant longtemps profité de sa proximité avec l'empereur Henri IV pour agir comme bon lui semble et étendre ses territoires aux mépris des lois et coutumes de l'Empire germanique, il s'est fait des ennemis très nombreux parmi les noblesses germaniques et italiennes et Henri IV n'étant plus là pour le protéger, il paye alors la c#nséquence de ses actes. Pierre de Savoie s'est toute sa vie présenté comme "Duc de Transjurane et de Suse": or il n'existe à l'époque ni "Duché" de Transjurane ni "Duché" de Suse, et si Henry IV a laissé son ami et allié s'inventer des titres, le reste de la noblesse y voit -certainement à raison- le signe de l'arrogance, de la mégalomanie et de l'arrivisme de Pierre de Savoie. Philippe décide de donner satisfaction à sa noblesse en réduisant l'influence de Pierre: invoquant son âge et ses blessures de guerre dont il ne s'est que partiellement remis, il le démet de son rang de Feldmarschall et dans le même temps officialise l'existence des Duchés de Transjurane et de Suse, mais, plutôt que de les accorder à Pierre, il les intègre au domaine impérial.

Ceci dit, Pierre de Savoie est très loin d'être déchu de tous ses titres: il reste Comte de Savoie, et Marquis du Monfrà et de Saluces. Surtout, l'énorme fortune qu'il a tiré de l'exploitation de ses provinces et du butin des guerres auxquelles il a participé n'est pas touchée, ce qui fait de lui l'un des hommes les plus riches d'Europe.

 

*

Retour au bureau John Cadre Dynamitch

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Chloé Eolilly:

Pierre est rendu furieux par la décision de l'empereur, qui est -doit-on le rappeler?- Son propre neveu. Il vit cette décision comme une trahison personnelle et pense un moment, au début de l'année 1108 à reprendre les armes, cette-fois-ci contre son propre empereur, mais il décide finalement lui rester loyal.

 

*

Retour au bureau d'universitaire bordélique.

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Wiliknia Moloka'i:

Pierre de Savoie n'a tout simplement pas assez de troupes, même en engageant autant de mercenaires qu'il peut se le payer, pour faire face à l'ensemble des armées du Saint Empire. Il a acquis un grand prestige en commandant de grandes armées, mais les troupes fidèles à la maison de Savoie elle-même ne sont pas si nombreuses. Il accepte la décision de l'empereur tout simplement parce qu'il n'a pas les moyens de faire autrement.

L'erreur de l'empereur Philipe sera de donner le Duché de Transjurane à son chancelier, le Comte Albrecht le Jeune du Tyrol et celui de Suse au chancelier de Modène Ekbert Brunonen. Tous deux sont des alliés proches et du nouvel empereur et sont redevables à la maison impériale (le Comté du Tyrol est une création récente donnée en fief à Albrecht l'ancien par Henri IV; Ekbert Brunonen a quitté sa Saxe natale car il n'avait pas d'espoir d'y hériter d'un fief) mais ils manquent d'appuis: le Comte Albrecht est un diplomate de grand talent, mais il n'a pas le moyens de gouverner ce territoire qui lui est donné et se butte très vite à l'hostilité des châtelains et chevaliers fidèles à Pierre de Savoie et à celle des noblesses genevoises et lyonnaises qui souhaitent gagner en indépendance, et Ekbert Brunonen n'a aucune expérience militaire. À la minute où les territoires sur lesquels Pierre de Savoie a régné quittent le domaine impérial pour être donné à des vassaux, celui-ci commence à en revendiquer de nouveau les titres, affirmant que son service et sa proximité avec l'empereur Henry IV lui donne droit à l'immédiateté impériale.

 

Bernix:

L'immédiateté impériale, c'est à dire le fait de ne devoir rendre compte à aucun seigneur à part l'empereur lui-même.

 

Wiliknia Moloka'i:

Tout à fait. L'immédiateté impériale est une composante de la société impériale aussi vieille que celle-ci, mais en ce début de XIIème siècle, elle n'est pas encore complètement formalisé, notamment la question de savoir si l'immédiateté -le fait d'être un vassal direct de l'empereur- revient à un territoire ou à la maison aristocratique qui le gouverne n'est pas encore réglée. Ceci dit, les revendications de Pierre de Savoie ne sont guerres écoutées dans un premier temps: ses ennemis à la cour impériale sont nombreux et pour eux l'essentiel est qu'il soit mis hors d'état de nuire.

 

*

Retour au bureau John Cadre Dynamitch

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Chloé Eolilly:

La haine que les ennemis de Pierre lui vouent est d'une ampleur difficile à concevoir: on guette, on attend, on espère qu'il meure vite. Quand sa santé commence à se dégrader certains puissants seigneurs germaniques qui le jalousent et le craignent célèbrent ouvertement la "bonne nouvelle".

Pierre enrage de n'être plus écouté et d'être abandonné de tous, mais le pire reste à venir: le pire, c'est la trahison de Berthold von Rheinfeld.

Berthold est -tout comme l'Empereur Philippe- un neveu de Pierre: Philippe est le fils de Berthe de Savoie, alors que Berthold est celui d'Adeline, la benjamine de la famille qui porte le prénom de sa mère. Son père, Duc de Souabe et de Franconie, a fait partie des alliés de Pierre jusqu'à sa mort en 1094, et Berthold lui-même a jusque là fait partie des soutiens de Pierre. Quand il devient clair que le Comte du Tyrol n'est pas en mesure de gouverner le Duché de Transjurane, Berthold semble prendre le parti de Pierre en arguant devant l'empereur qu'il vaut mieux laisser la région à un fils de la maison de Savoie. En réalité, ce qu'il entend par là, c'est que le duché de Transjurane lui revienne à lui en tant que petit-fils du Comte Othon de Savoie. Quand il obtient gain de cause en 1112, Pierre est tellement sidéré par la nouvelle qu'il en fait un malaise. Quand il se reprend, il bât le rappel de ses troupes vétéranes de la Croisade ainsi qu'un grand nombre de mercenaires lombards, et prend les armes contre son propre neuveu.

 

*

Retour au bureau d'universitaire bordélique.

*

 

Wiliknia Moloka'i:

La campagne de Pierre de Savoie contre Berthold est à peine moins sanglante que la croisade d'Anatolie: Pierre de Savoie ne prend même plus la peine de respecter la Trêve de Dieu durant les période de fêtes religieuses: Lyon est mise à sac au moment des fêtes de Pâques, puis viennent Genève, Lausanne, ses troupes passent en Argovie et rasent Lenzburg, continuent vers l'est en direction de Constance où ses troupes passent le Rhin et détruisent la moitié de la cité avant de partir en direction d'Ulm, la capitale de Berthold. Comprenant qu'il ne parviendra pas à conserver la cité, Berthold préfère capituler et lui laisser le titre de Duc de Transjurane.

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Bernix:

Pourquoi une telle violence?

 

Wiliknia Moloka'i:

Le massacre de populations civiles est en fait l'une des méthodes préférées de Pierre de Savoie: des fouilles archéologiques dans les régions baltes, la grande steppe hongroise et les bords de la Mer Noire ont révélé des vestiges des guerres auxquelles Pierre de Savoie a participé qui démontrent que les exactions de la Seconde Croisade ne sont pas une première pour lui: il est probable que dans toutes les guerres qui l'ont emmené loin des régions qu'il convoitait pour lui-même il ai participé voir initier des massacres et destructions de très grande ampleur. À la différence de la Seconde Croisade, où des écrits nous sont parvenus du côté turc, seuls les vainqueurs ont laissé des chroniques décrivant les précédentes grandes campagnes menées par Pierre de Savoie, et celles-ci évitent de mentionner toutes les exactions commises sous son commandement.

 

Jusqu'en 1112, il se sera retenu d'employer des méthodes similaires dans les régions qu'il annexait à son territoire, mais sa Campagne Souabe, est un cas particulier: premièrement, une bonne partie de la noblesse du Saint Empire se méfie presque autant de Berthold que de Pierre: en tant que Duc de Souabe et Franconie il est déjà l'un des princes les plus puissant du Saint Empire: rajouter la Transjurane menace le fragile équilibre des pouvoirs dans l'empire et de nombreux nobles hésitent à soutenir Berthold: Pierre de Savoie sait que cette situation ne durera pas longtemps et sait qu'il doit obtenir une victoire décisive avant que Berthold ne parvienne à liguer toute la noblesse du Saint Empire contre lui; ensuite sa santé décline fortement, lui laissant peu de temps pour reconquérir le territoire qu'il veut transmettre à son fils Eustache; et enfin, une grande partie de ses troupes son des mercenaires, qu'il paye sur ses fonds propres: bien que devenu très riche -notamment par son butin de la Seconde Croisade- ses ressources ne sont pas infinies, et ses troupes personnelles sont loin d'être suffisantes pour défier le puissant Duc de Franconie et Souabe sans l'appui de plusieurs compagnies de mercenaires: il doit gagner vite car si le conflit s'éternise il finira par perdre faute de troupes quand ses mercenaires l'abandonneront.

Pour toutes ses raisons, Pierre de Savoie abandonne toute prudence: les massacres sur le terres même qu'il veut transmettre à ses descendants se chiffrent en dizaine de milliers.

 

Bernix:

Et en ce qui concerne le duché de Suse?

 

Wiliknia Moloka'i:

L'entretien des routes des cols est négligé durant la première partie du XIIème siècle -en grande partie parce les taxes perçues servent surtout à financer la Croisade, avant d'être ignorés par les nouveaux seigneurs de la région durant l'interrègne de 1107-1113- les troupes de Pierre de Savoie restent bloquées à Chambéry jusqu'au mois d'Avril 1113. Quand elles se remettent finalement en marche, l'état des routes les ralentit, ce qui explique que la capitulation d'Ekbert Brunonen ne se produise qu'en Juillet de la même année.

Le dernier acte publique de Pierre de Savoie est de retourner à la cour de l'empereur Philippe afin de "réaffirmer sa fidélité à l'empereur". Mis devant le fait accomplit mais réticent à l'idée de provoquer une nouvelle crise, celui-ci préfère laisser à Pierre de Savoie l'ensemble des territoires qu'il revendique. Le Duc de Savoie, alors déjà gravement malade bien qu'encore capable de tenir sur son cheval, s'en retourne dans sa capitale d'Aoste et ne la quitte plus jusqu'à son décès.

 

*

Retour vers la chapelle du château

*

 

Bernix:

Pierre de Savoie décède dans la demeure qu'il s'est faite construire le 5 Mais 1115. Sa dépouille est déposée auprès de celle de sa première épouse Ida dans la crypte familiale, et, conformément à ses vœux, c'est à son fils Eustache que revient l'ensemble des terres de la Maison de Savoie. Ici prend fin l'épopée d'un règne qui aura duré plus d'un demi-siècle.

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Non, il sait seulement comment occuper mes nuits blanches (j'ai laissé l'onglet de côté vers 4h, l'ait lu, puis en finissant vers 11h j'ai actualisé et ô joie, la suite).

Par contre tu nous spoiles méchamment dès le début en parlant de trahisons, de tragédies familiales et ce genre de choses, hé ! Ou bien c'est un teaser. Je ne suis pas sûr.

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Par contre tu nous spoiles méchamment dès le début en parlant de trahisons, de tragédies familiales et ce genre de choses, hé !

 

Bah, comme je l'ai dit, je repompe sur Bern, et le Bern-style, c'est de te spoiler les détails de la fin de l'histoire, regarde:

http://www.youtube.com/watch?v=DCY_etqfrfs

:0

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Oh chouette, un AAR. ^_^

 

Ca prend énormément de temps mine de rien ces trucs. J'en ai fait deux (un sur Victoria, un sur Heart of Iron), mais même en étant plus formel, C'EST LONG. D'ailleurs j'ai pas fini celui sur Victoria. :cry:

Je vais lire celui-ci plus tard ce soir !

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Ca prend énormément de temps mine de rien ces trucs

 

Tu m'étonnes: j'ai calculé qu'en une heure de jeu je passe une décennie que je met ensuite 4-5 jours à convertir en récit :crazy: . D'un autre côté, ça t'augmente sacrément la durée de vie :w00t:

 

Là je suis arrivé au terme du règne du pauvre Eustache, qui a réussi tant bien que mal à préserver son duché mais a du faire face à une demi-douzaine de révoltes de nobles et de paysans, sans compter les complots politico-religieux visant à faire excommunier ses alliés et l'interminable liste de tentative d'assassinats: en fait...

Tyrion_Lannister_in_the_Vale.jpg

Je Jure Devant Dieu que je l'ai pas fait exprès, mais en gros, la deuxième génération, c'est les mésaventures de Tyrion des Montagnes :vache-do:

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Ah ouais en effet, je viens de finir (plus long que prévu), je comprends que ça te prenne tant de temps. :crazy:

Dans un style un peu différent, sur Heart of Iron Modern Days, je connais un mec qui fait un AAR stratégique, et qui derrière fait des récits de bataille (souvent tactique, avec des personnages devenus récurrents) en fonction des résultats, des pertes, etc... Mais au final il est plus productif à pondre des récits que d'avancer dans sa partie, du coup chaque guerre est super détaillée et on attend la fin de sa partie.

 

:vache-do:

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Ouf: la deuxième partie s'est révélée bien plus courte que la première: 34 ans condensés en à peine 4.500 mots, il faut dire que maintenant que l'histoire avance, une partie grandissante des causes des événement décrits proviennent des épisodes précédents, ce qui m'évite d'avoir à employer mon Wiki-Fu pour donner du contexte.

 

J'ai laissé de côté quelques détails qui risquent de revenir plus tard, comme la guerre civile hongroise (c'était bien la peine d'aller sauver les fesses de ce gros porc de Salomon si c'est pour le voir déclencher une guerre civile en allant violer toutes ses nièces :><: ) ou le bordel Post-croisade en France et en Espagne

 

Sur ce, l'épisode 5 arrive dès que j'ai fini de mettre les images en lien :)

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Episode 5

 

Stéphane Bernix:

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Bonjour.

Je me trouve ici dans la cour du Palazzo di Lombardi. Ce palais, situé dans le district de Châtillon, à l'est d'Aoste, la grande capitale des Alpes, abrite la plus vieille école militaire au monde.

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Lorsque cette bâtisse baroque ou je me trouve est construite au début du XVIIème siècle pour accueillir des apprentis soldats issus du peuple dans un endroit qui rivalise en beauté et majesté avec les palais des riches princes d'Italie, l'école qu'elle doit abriter existe depuis déjà cinq siècles, ses origines remontant au difficile règne d'Eustache de Savoie. Un règne marqué par les complots, les trahisons, les révoltes permanentes d'une noblesse et d'un peuple qui ne l'acceptent pas, et pourtant, un règne qui voit aussi la Savoie devenir l'une des provinces les plus riches du Saint Empire dans une Europe marquée par la quatrième croisade, les grandes épidémies italiennes et les guerres de successions.

 

*

transition vers un portrait médiéval d'Eustache

*

 

Voix-Off:

Eustache de Savoie vient au monde le 3 septembre 1079: dernier enfant issu du mariage de Pierre de Savoie et d'Ida de Forez, il est l'unique fils de Pierre, Eupraxie ne lui donnant que des filles. La grossesse d'Ida se passe mal, et l'accouchement, très problématique, abouti à la naissance d'un enfant chétif à la santé fragile.

 

*

transition vers le bureau John Cadre Dynamitch

*

 

Chloé Eolilly:

On peut difficilement faire plus dissemblable que Pierre et Eustache: Pierre est immense, Eustache est atteint de nanisme. Pierre est un grand général qui n'hésite pas à chevaucher en tête de ses troupes sans porter d'armure quand la situation le demande, Eustache a peur de tout. Pierre a traversé l'Europe de long en large à cheval, Eustache déteste voyager et se déplace dans une charrette tirée par deux bœufs, le corps enfoui sous une tonne de couvertures pour le protéger du froid. Pierre est craint de ses ennemis, Eustache a toute les peines du monde à se faire respecter de ses propres alliés. Pierre s'est choisi des épouses intelligentes qui l'ont aidé à gouverner ses provinces, Eustache a été marié malgré lui à une fille d'une branche cadette des Aleramici avec qui il ne s'entend pas et dont il se méfie…

 

Quand Pierre de Savoie revient de la guerre contre les tribus Petchénègues, il se retrouve avec ce fils orphelin de sa mère, âgé d'à peine 10 ans, dont l'handicap visible est déjà évident, et, ne sachant pas qu'en faire, va le confier à l'évêque d'Aoste qui va en faire l'éducation.

 

Bernix:

Son père ne veut pas de lui?

 

Chloé Eolilly:

On ne peut pas dire cela: lorsqu'il atteint l'âge adulte son père fait de lui son intendant, et à la mort de Bouchard von Babenberg en avril 1110, c'est lui qui administre pour son père le domaine de Savoie. Reste qu'il n'est pour son père qui ne s'est jamais remis de la mort de sa fille aînée qu'un pis-aller: si sa sœur avait survécue, Eustache aurait probablement embrassé une carrière ecclésiastique.

 

Bernix:

Ce doit être terrible de grandir dans l'ombre d'une sœur que l'on a jamais connu.

 

Chloé Eolilly:

Eustache de Savoie souffrira toute sa vie d'un complexe d'infériorité don son père aura été en grande partie responsable. Il ira jusqu'à participer à des tournois alors qu'il n'a aucune aptitude au combat afin de prouver qu'il a quelque valeur en tant que grand féal, et c'est un miracle qu'il ne s'y soit jamais couvert de ridicule. C'est probablement à cause de ce complexe d'infériorité vis à vis de son père qu'il insistera pour que son fils et tous ses neveux reçoivent une instruction militaire et cherchera à s'entourer des meilleurs guerriers d'Europe, faisant venir des quatre coins du continent des chevaliers réputés pour leurs exploits afin de les engager dans son armée, qui vont, presque par accident créer la grande école militaire savoyarde.

 

*

Transition vers un nouveau bureau d'universitaire bordélique, une vieille bouteille de cognac de prix traîne sur un coin

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Yang Wen-Zhuge-Li

Professeur d'Histoire à l'Académie Militaire de Savoie

Spécialiste de l'histoire militaire du moyen-âge:

On ne peut pas vraiment parler "d'école militaire" au XIIème siècle: il n'y a pas encore d'institution formelle organisée. Par contre, à l'endroit où se trouve aujourd'hui les bâtiments de l'école militaire savoyarde se trouve déjà un bâtiment d'importance: la Caserma di Lombardi est un bâtiment qui va servir pendant longtemps de siège officieux aux "compagnies lombardes". Le terme va au fil de l'histoire être employé pour décrire l'ensemble des groupes mercenaires employés par la Maison de Savoie, puis devenir synonyme de troupes de choc, mais à l'époque, les compagnies lombardes sont, littéralement, des compagnies de mercenaires venus de Lombardie pour combattre pour la maison de Savoie. Pierre de Savoie l'Ancien s'est souvent appuyé sur ces compagnies, et son fils va continuer dans cette voix, faisant de la Savoie le principal employeur de mercenaires venus d'Italie du nord.

 

Bernix:

D'où l'expression "heureux comme un Lombard à Aoste"

 

Yang Wen-Zhuge-Li:

Les mercenaires lombards qui restent à Aoste deviennent très riches et certains iront même jusqu'à se faire construire des résidences somptuaires pour l'époque comme le Castellarmando, construit sur les hauteurs de la vallée par un condottiere lombard. C'est effectivement à cette époque que le lien entre être lombard à Aoste et jouir d'une bonne fortune se fait.

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*

Retour vers la cour du Palazzo di Lombardi

*

 

Bernix:

les problèmes commencent vite pour Eustache: à peine un an après avoir hérité de son père, le duc de Bourgogne Poppo vont Habsbourg envoie ses troupes à l'assaut de Neuchâtel. Plutôt que de partir en personne affronter l'ennemi, comme son père l'aurait fait, Eustache envoie ses mercenaires lombards dans le Vaud pour défendre ce territoire, préfèrent quant à lui rester à l'abri de sa résidence d'Aoste. Si le conflit avec Poppo de Habsbourg tourne vite à son avantage, la réputation d'Eustache n'en sort pas grandie. C'est en partie pour cela qu'Eustache va, dans l'espoir de gagner le respect de ses pairs, s'attaquer au Comté de Forez en 1120.

 

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Retour au premier bureau d'universitaire bordélique.

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Wiliknia Moloka'i:

La Maison de Forez dont est issue la mère d'Eustache Ida perd le contrôle de son territoire en 1103 quand Henri IV nouvellement couronné Empereur Romain-Germanique s'empare de ce petit territoire issu de la révolte Italo-Bourguignone encore indépendant. Les branches survivantes de la famille s'allient aux familles Normandes: l'une des nièces d'Ida de Forez épouse le futur roi d'Angleterre Guillaume III le Grand, alors que l'une des filles de l'éphémère roi de Lyon Guillaume II épouse Jordan Drengot, prince normand de Capoue.

 

Le Forez a été donné en fief à un seigneur balte qui s'était allié à Henri IV durant ses campagnes en Poméranie, mais quand la fille du nouveau comte hérite de son domaine, elle n'a que cinq ans, et compte tenu des distances, Eustache de Savoie est le dernier descendant des Comtes de Forez en mesure de revendiquer de manière crédible le Forez, ce qu'il fait au début de l'année 1120. Cette décision va aboutir à un désastre.

 

Bernix:

Euphémie von Bytow hérite du comté de Forez en 1115 à l'âge de 5 ans. Pourquoi Eustache, qui vient d'hériter du domaine de son père, met-il cinq ans avant de revendiquer le Comté de Forez?

 

Wiliknia Moloka'i:

L'argent: la dernière campagne militaire de Pierre de Savoie contre son neveu a énormément ponctionné dans le trésor de guerre qu'il s'était constitué. Or, au mois d'avril 1116, l'empire Seldjoukide attaque de nouveau l'Empire Byzantin, cette fois-ci en passant par l'Arménie ce qui amène Eupraxie à faire pression sur Eustache pour qu'il envoie une aide financière au duc d'Arménie Orientale Jean Macrembolites, le frère d'Eupraxie, qui subit de plein fouet les attaques turques.

Le peu qui lui reste est dépenser pour payer le solde des mercenaires qui le soutiennent face à Poppo von Habsbourg. Sans argent, il ne lui est pas possible de se lancer à l'assaut du Comté de Forez.

 

Mais quand il se lance finalement à l'assaut du Forez, sa campagne contre un territoire bien plus petit que le sien, loin de lui valoir les accolades de la noblesse, ne lui rapporte que davantage d'hostilité. On l'accuse de chercher un triomphe facile en attaquant un territoire bien plus petit et moins bien armé que le sien -ce qui est parfaitement exact- et à peine a-t-il levé ses troupes qu'il doit faire face à une révolte du Comté de Genève.

Le Comté de Genève est gouverné depuis 1099 par Élodie de Genève, la fille du précédent Comte Aymond. En 1110, elle épouse en seconde noce Éginolphe von Raabs, ancien écuyer d'Henri IV qui reçu en fief le Duché de Toscane et la Marche de Gênes. Ce sont les coffres de Toscane qui permettre à Élodie de prendre la tpete de la révolte d'une partie de la noblesse savoyarde contre Eustache, elle qui ambitionne de renverser Eustache de Savoie et de créer un vaste domaine unifié qui aille du Rhône à Pérouse.

 

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Retour vers bureau d'universitaire bordélique à la bouteille de Cognac

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Yang Wen-Zhuge-Li:

Le conflit va durer bien plus longtemps que prévu: Eustache décide dans une premier temps de stationner ses mercenaires à Turin dans le but d'intercepter des troupes toscanes si besoin est et d'envoyer ses banneretsà l'assaut de Forez dans un premier temps. Ceux-ci évitent Lyon, sous le contrôle d'Élodie, et se rendent dans le Comté de Forez. L'erreur tactique est évidente, mais, même à supposer qu'il s'en rende compte, Eustache de Savoie, resté à Aoste, ne peut envoyer assez rapidement de contrordre à ses troupes. Élodie rassemble rapidement ses troupes, qu'elle scinde en deux: une armée qui part prendre à revers les armées d'Eustache qui assiègent Montbrison, et une qui part à l'assaut d'Aoste. Les armées Savoyardes parties à l'assaut du Forez sont prises par surprise par les troupes genevoises qui en massacrent près des trois quarts. Dans le même temps, le Val d'Aoste est pris d'assaut et la capitale d'Eustache mise à sac. Il prend alors la fuite vers Turin, alors que son épouse Aloïse parvient à éviter les troupes genevoises et descend la Tarentaise en direction de Chambéry. Elle u retrouve les armées savoyardes lancées à l'assaut du Comté de Forez en déroute qui se sont repliées sur la ville, en prend le commandement, et arrache une victoire quandun détachement genevois prend la ville d'assaut.

 

Profitant de se répit, Eustache de Savoie bat le rappel de ses troupes mercenaires et de ses derniers bannettes Italiens. Sous le commandement du chevalier gallois Deheuwant ap Cadwan, un vétéran de la deuxième croisade qui a épousé Isabeau de Savoie, l'une des nièces d'Eustache.

qui battent les troupes genevoises à la bataille du prieuré de Chamonix et les contraignent à battre en retraite. Le Forez capitule en Septembre 1121 quand la nouvelle de la descente des troupes mercenaires lombardes victorieuses sur la valet du Rhône se répand.

Le conflit avec le Comté de Genève est par contre loin d'être terminé: Élodie reçoit en renfort des troupes fidèles à son mari: parties Toscane, elles contournent les places fortes piémontaises en prenant la Mer à Gênes en direction de Marseilles, puis remontent la vallée du Rhône en direction de Lyon. Deheuwant, qui a vécu le siège d'Antioche que les Croisés emportèrent grâce au renfort d'armes de siège venu d'Angleterre, convainc Eustache d'investir de fortes sommes d'argent -il va jusqu'à endetter son Duché- pour faire venir du Caire des ingénieurs de la communauté juive qui ont participé à la mise au point récente des premiers trébuchets à contrepoids. Il faut compter près de deux ans avant que les ingénieurs engagés par Deheuwant ne construisent les premiers trébuchets savoyards, mais grâce à ces nouvelles armes de siège, les troupes savoyardes s'emparent finalement de Lyon en Juin 1123. Élodie de Genève parvient alors à ralentir, pour un temps, les troupes savoyardes en promettant les terres ceignant le lac de Neuchâtel au Duc de Haute Courgogne en échange de renforts, mais cette alliance de dernière minute ne parvient qu'à retarder l'inévitable: le 2 Janvier 1125, Élodie de Toscane est faite captive lors de la prise de Lausanne. En septembre de cette même année, Eustache obtient de l'Empereur Baldemar Salien, monté sur le trône en mai 1116, l'établissement d'un Duché de Lyon inclus au domaine de la maison de Savoie. Il élève alors le chevalier Deheuwant au rang de Marquis de Forez et lui donne en fief la terre natale de sa mère Ida.

 

Bernix:

Ce n'est pourtant pas la fin du conflit.

 

Yang Wen-Zhuge-Li:

Jusqu'à sa mort en 1143, Éginolphe de Toscane n'aura de cesse de tenter de renverser Eustache: on peut même parler de guerre froide entre la Savoie et la Toscane, tant les tensions, sans jamais aboutir à la guerre ouverte, vont être vives: une demi-douzaine de révoltes paysannes -probablement encouragées, voire financées par le Duc de Toscane- vont secouer le domaine savoyard, notamment sa partie italienne, mais également dans la région lyonnaise alors qu'Eustache tentera -sans-succès- d'arracher la région de Gênes à Éginolphe qui de son côté tentera d'obtenir du pape qu'il dépose les évêques de Nice pour les remplacer par des ecclésiastiques proches de la maison von Raabs.

 

Bernix:

Peut-on dire que ces tensions sont pour quelque chose dans l'apparition de l'école militaire savoyarde?

 

Yang Wen-Zhuge-Li:

Probablement, encore que, bien que l'école militaire Savoyarde fasse remonter sa fondation au règne d'Eustache de Savoie, il ne s'agit même pas encore d'un embryon de véritable école. Conscient de ses lacunes militaires, Eustache de Savoie va s'appliquer à s'entourer d'un groupe d'officiers compétents chargés de la défense de son domaine: le chevalier Deheuwant n'est que le premier exemple: d'autres suivront, comme le prince déchu hongrois Béla Arpad, qui, après avoir servi près de 20 ans dans les armées Byzantine sera invité à la cour d'Eustache et épousera vers 1144 Maria de Savoie, la petite fille d'Eustache. Plus marquant encore, il se montrera obsédé à l'idée de faire de ses héritiers potentiels des soldats hors pair: il imposera à la quasi totalité des jeunes membres de la maison de Savoie une instruction militaire intensive qui produira un grand nombre de chevaliers de renom issus de la maison de Savoie: tel Amédée, le petit fils de Jeanne de Genève, Biagio lou Nissart, l'un des petits-fils d'Eupraxie Macrembolites, le comte rebelle Euphemios, petit neveu d'Eustache, le Comte Aldéric de Forez, un autre petit fils d'Eupraxie, ou encore le petit-fils d'Eustache Folkard Tueur d'Ours, en l'honneur de qui la ville de Berne sera nommée, et enfin, bien entendu, le futur Duc Pierre le Jeune, le propre fils d'Eustache.

 

Bernix:

Certains de ces jeunes chevaliers vont devenir célèbre pour leur participation à la quatrième Croisade.

 

Yang Wen-Zhuge-Li:

Tout d'abord il faut rappeler le contexte de la longue et sanglante quatrième croisade: après la fondation du Royaume Bosonide d'Andalousie, l'alliance papale se dissout car les seigneurs chrétiens ibériques estiment qu'ayant perdu leur capitale historique de Cordoue, les Maures seront bientôt battus et expulsés de la péninsule. Gravissime erreur: depuis sa capitale de Séville, le Sultanat Abbadide va réunifier le sud de la péninsule, former une alliance avec les Aftasides de la Taïfa de Badajoz, et prendre d'assaut le royaume unifié de Léon et Castille.

 

Bernix:

C'est à ce moment que se produit la Vengeance du Cid.

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Yang Wen-Zhuge-Li:

Rodrigue de Vivar -le Cid- qui fut le général le plus actif lors de la première croisade, son rôle dans la victoire des armées chrétiennes surpassant même le rôle que Pierre de Savoie a pu jouer dans la Deuxième Croisade, espérait obtenir la couronne d'Andalousie. Le fait que celle-ci soit revenue à Bertrand Bosonide, un provençal qu'il considère comme un pantin de Rome, va outrager Rodrigue de Vivar au point qu'il en sera exilé du Royaume de Castille-Léon. Le Sultanat Abbadide va réussir un coup de maître en engageant ce général talentueux et populaire auprès du petit peuple castillan, qui va mener les troupes maures. Il conquière la Galice et les Asturies entre 1099 et 1101. aide les Aftasides à conquérir le Portugal, avant de retourner à Séville afin de défendre la ville contre les assauts Bosonides. Les armées des royaumes andalous et castillans vont s'épuiser à tenter de prendre Séville au Cid, et finalement, en 1116, l'ancien écuyer et lieutenant du Cid, le futur Vizir séfarade Abdoul Hasan, que les Maures surnommeront "Le Moudjahid Juif" conquière les terres de Léon commencée par son mentor, réduisant le Royaume de Castille à une enclave entourant la capitale Burgos.

 

Bernix:

Les alliés des Bosonides n'interviennent pas?

 

Yang Wen-Zhuge-Li:

Les successeurs du pape Alexandre II n'ont pas oublié que les nobles chrétiens de la péninsule se sont détourné de Rome une fois la victoire acquise. En 1122, le pape Hygin II va même jusqu'à déclarer une nouvelle croisade, mais en direction de Jérusalem: manière pour lui de signifier qu'en ce qui concerne Rome, la péninsule Ibérique peut se défendre toute seule.

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Bernix:

Des renforts viennent pourtant.

 

Yang Wen-Zhuge-Li:

Le petit royaume de Navarre est unifié par mariage à la maison de Nantes, et devient en 1107 le Royaume de Navarre et Bretagne. De son côté, le Royaume de France veut protéger ses possessions catalanes: les renforts français et bretons vont réussir à stabiliser pour un temps le front. En 1123, l'empereur germanique Baldemare envoie des troupes soutenir le roi d'Andalousie Raimond Bosonide, mais au vu des quelques centaines de soldats envoyé, ce soutient est dans un premier temps symbolique, l'Empereur germanique préfèrent dans un premier temps suivre les injonctions du Pape et participer à l'invasion de la Palestine.

L'équilibre des forces est rompu en 1129 quand les Almoravides et leurs alliés Maliens joignent leurs forces avec les Abbadides: les armées chrétiennes sont submergées par le nombre: en 1131 le roi de Castille est déposé, et la partie andalouse du royaume bosonide est entièrement occupé par les armées marocaines et maliennes alors que le roi Raimond Bosonide fuit la péninsule et se réfugie à Arles. À partir de 1133, la Quatrième Croisade entre dans sa dernière, et plus sanglante phase: à l'ouest, plus de 100.000 soldats français, bretons, allemands et italiens font face à tout autant de soldats maures, marocains et maliens, alors qu'à louvets, ce sont près de 60.000 soldats anglais, normands d'Italie et des États du Pape qui vont faire face à des armées deux fois plus vastes issues de l'alliance des Fatimides et des Seldjoukides. Les destructions provoquées dans les dernières années de la Quatrième croisade vont ruiner le nord et le centre de la péninsule ibérique ainsi que la partie non-byzantine du Levant, et le refus de l'Empire Byzantin de venir au secoure des croisés pris en tenaille à Jérusalem va sceller le schisme entre les Églises Catholiques et Orthodoxes.

 

Bernix:

Et c'est durant cette sanglante période que les chevaliers savoyards vont pour la première fois se faire remarquer.

 

Yang Wen-Zhuge-Li:

l'Empereur Baldemar lève cette fois-ci en masse les troupes de ses vassaux, et la Savoie ne fait pas exception. Eustache lui-même, bien que combattant lamentable, est mobilisé pour la croisade, et il part avec plusieurs plusieurs jeunes membres de la maison de Savoie formée à la guerre. Eustache lui-même ne prendra part à aucune bataille, mais ses généraux se font remarquer: le très jeune Aldéric mène l'assaut contre Tolède et reprend la ville alors qu'il vient d'avoir à peine 18 ans, et Euphémios participe à la reprise de Cordoue en 1136, avant de participer -et de faire partie des rares survivants- à la bataille de Séville, où près de 15.000 soldats français et allemands ainsi que quelques 3.000 templiers sont mis en déroute par 6.000 guerriers maliens, venus défendre la nouvelle capitale de l'Andalousie musulmane, bataille sur laquelle s'achève sur le front de l'ouest la quatrième croisade, les belligérants n'ayant tout simplement plus assez de troupes pour continuer le combat.

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Au final, la quatrième croisade s'achève sur un échec cuisant pour les royaumes chrétiens: le nord de la péninsule ibérique repasse sous contrôle maure, le royaume Bosonide d'Andalousie survit de justesse mais son économie est ruinée par la guerre, les croisés parti à l'assaut de Jérusalem sont finalement massacrés en 1137 par les armées turques et arabes et même si le pape Hygin II s'obstinera à envoyer de nouvelles troupes à l'assaut du Levant, elles échoueront à y reprendre pied, jusqu'à ce que son successeur Sabin II ne mette finalement fin à la croisade en 1147.

 

*

Retour au premier bureau d'universitaire bordélique.

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Wiliknia Moloka'i:

Le retour d'Eustache de Savoie de la quatrième croisade va avoir un effet important sur la région: lorsqu'il visite Cordoue, il est très impressionné par la magnificence de la cité, visible malgré les stigmates de deux croisades en 40 ans, et revient en Savoie avec l'idée d'y encourager un développement urbain et agricole similaire. Il va, durant la dernière partie de son règne, se lancer dans des dépenses folles et des projets monumentaux: les routes de Savoie sont élargies et drainées, des projets d'irrigation et de terrassement sont lancés tous azimuts; les routes des cols, en particulier, sont grandement améliorées, les hospices ouvert par Saint Bernard d'Aoste étendus. Chambéry et Turin s'étendent, le petit bourg et la place forte deviennent des villes marchandes importantes. Plusieurs bourgs nouveaux sont fondés: entre le retour d'Eustache de Savoie de la quatrième croisade et sa mort, la population du Comté de Savoie va pratiquement doubler et la région devenir le principal carrefour des Alpes.

 

Bernix:

Toutes ces réalisations ne jouent pas vraiment en faveur d'Eustache, pourtant.

 

Wiliknia Moloka'i:

Il y gagne le sobriquet de "Duc des marchands" et on l'accuse de vouloir imiter le comportement des sultans arabes. Mais la véritable raison de l'opposition grandissante à son règne vient du fait qu'en se focalisant sur le Comté de Savoie, il néglige le reste de son territoire: Lyon, Turin, Nice et Genève voient leurs taxes financer des projets pharaoniques font prospérer du Comté de Savoie à leurs dépends. De plus en plus critiqué par ses vassaux, Eustache devient avec l'âge de plus en plus autoritaire et mal aimé des châtelains et d'une bonne partie du peuple.

 

*

Transition vers une carte des Alpes au XIIème siècle

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Voix-Off:

Lorsqu'Eustache revient de la Croisade, le nouveau Comte de Genève Bouchard Châtenois, issus du premier mariage d'Élodie de Toscane avec un cousin du Duc de Lorraine, préfère se faire vassal de son cousin Duc de Lorraine devenu Roi-Vassal de Baldemare. Pierre, le fils d'Eustache, resté administrer le domaine de son père en son absence, ne fait rien pour empêcher le passage de Genève sous domination lorraine.

 

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Retour au bureau Cognac

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Yang Wen-Zhuge-Li:

Les rapports entre le Duc Eustache et son fils s'enveniment à partir de 1133: Eustache prend comme écuyer son petit-fils Folkard encore très jeune, et refuse de laisser à son fils et principal héritier l'occasion de participer à la quatrième croisade, lui ordonnant de rester en Savoie en son absence. Il s'agit probablement pour Eustache de protéger son fils et principal héritier, qu'il marie à Rhodante Phokas (que les Italiens latiniseront en Rosa di Foca) sœur du Strategos (c'est à dire gouverneur militaire) Constantin de Charsianon et veuve du fils de la Duchesse Bulgare Dyonisia de Karvuna, avant de nommer Maréchal des armées de Savoie en remplacement du Chevalier Deheuwant, alors gravement malade (il meurt avant l'arrivée de l'hiver) et régent des trois duchés de son père. Toujours est-il que Pierre ne pardonnera jamais à son père l'humiliation de rester sur les terres de sa famille alors que la plupart des jeunes nobles avec lesquels il a été élevé rejoignent la croisade. Son absence de réaction à la perte de Genève lorsque le fils d'Élodie hérite du Comté en 1135 est le premier signe tangible de la dégradation de relations de Pierre avec son père.

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À son retour de croisade, Eustache reprend les rênes de ses duchés l'une de ses premières décisions est d'envoyer ses troupes vénérantes de la croisade à l'assaut de Genève. Celles-ci émergent victorieuses de la bataille de Genève, après quoi le roi lorrain laisse Genève à Eustache. Pierre ne participe pas à la campagne victorieuse: son père va continuer à le maintenir de force loin de tout champs de bataille, une décision que le jeune homme va vivre comme une brimade permanente. Quand Euphemios, le fils du chevalier Deheuwant, se révolte contre Eustache, estimant que celui-ci n'est pas apte à remplir la fonction de Duc, Pierre se propose pour mener les troupes pour reprendre le Comté de Forez. Eustache refuse de laisser à son fils, qui n'a pas tenter de garder Genève, cette charge et la confie à à des mercenaires lombards. Pire, une fois le Comté de Forez repris, Eustache le donne à Aldéric en 1140, alors que Pierre est fait Baron de Bussolin, une petite bourgade perdue dans le val de Suse.

 

Quand, en 1141, la rivalité entre la maison de Habsbourg et la maison de Savoie abouti à un conflit ouvert, Pierre se propose une nouvelle fois, mais Eustache confier à des mercenaires la charge d'occuper la Haute Argovie, pendant qu'Aldéric et Folkard sont lancés à l'assaut des troupes Habsbourgeoises. Celles-ci sont battues par le nouveau Comte de Forez sur les berges de la Sarine en Mars 1141, puis défaites une seconde fois, cette-fois-ci par Folkard au château de Habsbourg où elles se sont repliées en Août, et c'est Folkard qui est fait Comte de Haute Argovie.

 

*

Retour vers la cour du Palazzo di Lombardi

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Bernix:

Agit-il de la sorte pour protéger son fils, ou s'agit-il d'une manière de le punir pour avoir négliger Genève? Quelqu'en soit les raisons, le futur Duc Pierre le Jeune, va très mal vivre sa mise à l'écart par son père. Toujours officiellement chef des armées de Savoie, mais en réalité guère plus que le capitaine de la garde d'Aoste, il va pendant encore sept longues années rester dans l'ombre d'un père qui semble se désintéresser de son fils pour se consacrer avec une obsession de plus en plus dévorante à ses grands projets de construction. Finalement, dans la nuit du 8 au 9 Juillet 1149, il frappe.

 

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Retour au premier bureau d'universitaire bordélique.

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Wiliknia Moloka'i:

L'assassinat d'Eustache de Savoie est à l'époque présenté comme une attaque de bandits de grand chemin qui tourne mal. Cela dit, même à l'époque, les soupçons se portent vite sur Pierre: Eustache est tué sur la route entre Aoste et Turin, qui est déjà à l'époque très fréquentée et surveillée et considérée comme sûre, Pierre est en charge de la sécurité des routes de Savoie et s'est révélé parfaitement apte et compétent dans cette tâche.

Néanmoins, il ne peut s'agir simplement d'une vengeance personnelle: dans ses dernières années, Eustache de Savoie se montre de plus en plus isolé et arbitraire dans ses décisions. La colère de ses vassaux va aller croissante et il est probable que durant les dernières années de son règne, la présence de compagnies mercenaires payées par Eustache soit la dernière chose qui retienne l'ensemble de ses vassaux de se rebeller ouvertement contre lui. Sa mort est vécue par la majorité des savoyards comme un soulagement.

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Est-ce que fais certains des choix du règne en accord avec une ligne de conduite correspondant à la "personnalité" que tu as dégagé des débuts du monarque, ou est-ce que tu crées toutes les motivations à la fin pour lier l'ensemble avec un peu de cohérence ?

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Un mic des deux: En fait, la machine te laisse pas forcément le choix, vu qu'une bonne partie des comportements sont décidés par la machine (par exemple, la grosse rébellion qui va survenir à la fin du règne de Pierre Junior, c'est pas la c#nséquence de ma manière de jouer, c'est juste que les vassaux de Pierre vont en avoir raz le bol de cet arriviste (trait de charactère: ambitious), capricieux (trait de charactère: arbitrary), queuetard (trait de charactère:

:molo: ) qui s'en va publiquement cocufier sa femme avec la fille de son chancelier et lui faire trois bâtard qu'il légitime (dont un petit Castore :0 ), le tout sans que j'y puisse grand chose: résultat des courses: 20 ans de guerre civile durant lesquelles il aurait été possible de terminer la conquête de la Provence et d'aller à l'assaut de la Corse et de la Sardaigne, mais non, fallait que Pierre il s'en aille sauter la jolie Croate à 60 ans passés :branlette:

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